Un film américain de Miranda July
Avec John Hawkes
Brad William Henke
Ellen Geer
et Jordan Potter
MK2 - 2005 - 1h25
Comment
parler de solitude et de désir en faisant une comédie
doucement euphorisante et un portrait de groupe ? Miranda July
y arrive, et du premier coup !
Souvent le spectateur est faux-cul. Un exemple ? Nombre d’entre
nous se sont répandus comme du beurre fondu aux aventures
d’Amélie Poulain, il y a quelques printemps. Amélie
et son appétit de vivre nous ont donné des raisons
d’espérer. Quand nous interrogeons ces mêmes
spectateurs aujourd’hui, ils prennent des airs supérieurs
et nous disent qu’Amélie, c’est mignon mais
nunuche, sucre Candy.
Serions-nous dans une société où il est
de bon ton de se moquer des messages d’espoir, de l’utopie
ou de la philanthropie ?
Il n’est pas inutile de constater que quelques messages
d’espoir nous parviennent d’un pays où il
ne fait guère bon vivre aujourd’hui : les Etats-Unis.
Moi, toi et tous les autres est le premier film de Miranda July,
une artiste multicarte âgée d’une trentaine
d’années. Miranda July a le même âge
que Zach Braff, le réalisateur du formidable Garden state
(qui vient de sortir en DVD) et les deux films ont un air de
ressemblance dans leur volonté de redonner de la poésie
à l’existence des êtres humains et de nous
fournir la dose d’espoir nécessaire pour continuer
à vivre, c’est-à-dire à espérer.
Richard Swersey est vendeur de chaussures dans le centre commercial
d’une petite ville qui fait penser à la Californie.
Il a deux fils, un adolescent et un petit garçon. Au
début du film, il se sépare d’avec sa compagne.
Il finira par croiser le chemin d’une artiste un peu farfelue
qui réalise des arrangements vidéo et exerce la
fonction de chauffeur de taxi pour personnes âgées.
Miranda July interprète ce personnage sensible et décalé.
En une heure et demie, elle fait exister une douzaine de silhouettes
auxquelles elle accorde tendresse et humanité. Ajoutons
que les enfants ont la part belle dans ce paysage. Le petit
garçon de Richard, par exemple, est assez inoubliable.
Tous ceux qui passent du temps à "chatter"
sur le Net le garderont en mémoire.
Moi, toi et tous les autres est autant une interrogation concernant
l’étendue de la sexualité enfantine et adulte
qu’une affirmation dans la fonction salvatrice de l’art.
N’en déplaise au médiocre Houellebecq, seul
l’art permet d’expliquer l’univers et d’y
vivre.
N’écoutez pas les snobs qui boudent leur plaisir.
Ils refusent d’encenser ce film parce qu’il a obtenu
la Caméra d’Or à Cannes et qu’ils
ne pourront donc pas prétendre l’avoir découvert
eux tous seuls.
N’ayez cure des baves de crapaud ! Miranda July nous délivre
un portrait de groupe qui donne du baume au cœur.