Un
documentaire comme on les aime, drôle et passionnant,
qui nous parle d'une institution à la dimension affective
puissante : le vin.
Tout est dans le titre. Tout le message de ce formidable documentaire
est contenu dans ce mot magique, compréhensible dans
toutes les langues, global comme notre économie est globale.
Comme les goûts sont uniformisés pour permettre
à quelque-uns de vendre le même produit standardisé
au plus grand nombre ! Dans Mondovino, il y a "monde",
il y a "vin", mail il y a aussi, extraordinaire hasard
de vocabulaire, "Mondavi", du nom de la plus puissante
multinationale du vin, basée en Californie dans la Napa
Valley et fondée, il y a quelques décennies, par
Robert Mondavi, fils d'un pauvre immigrant italien…
Car tel est bien l'enjeu essentiel exposé dans le documentaire
de Jonathan Nossiter, cinéaste et sommelier (!) : la
qualité d'un vin est-elle affaire de terroir ou de cépage
? De terroir répondent sans hésiter les possesseurs
de vignobles français millénaires jaloux de leur
"droit du sol". De cépage, affirment au contraire
les nouveaux venus dans l'industrie du vin et qui n'auront jamais
accès aux coteaux bordelais ou bourguignons, et devront
se contenter de "travailler" un vin issu de sols australiens
ou sud-africains.
Le débat est plus fondamental qu'il n'y paraît
de prime abord, tant l'enjeu culturel et économique est
important.
C'est cette guerre des vins que Jonathan Nossiter nous expose,
caméra à l'épaule, dans une sorte de Strip-tease
(l'émission belge) de plus de deux heures. Les protagonistes
de cette colossale bataille s'y expriment librement, ce qui
nous offre une galerie de portraits tout à fait réjouissante.
Comme dans toute tragédie, les rôles y sont distribués
avec une précision et une justesse qui laissent pantois.
On y trouve un Prince Noir redoutable en la personne de Michael
Mondavi, héritier de la dynastie vinicole américaine
et grand bénéficiaire de l'uniformisation en marche
; Robert Parker, le plus influent critique de vins du monde
en grand chambellan du projet américain ; Michel Rolland,
œnologue-vedette des plus grands producteurs mondiaux,
jamais à court de conseils pour "améliorer"
un vin (c'est-à-dire le mettre aux normes internationales,
notamment par l'effet miracle d'une salutaire micro-oxygénation)
; et en face, une pléiade de petits producteurs matois
et gouailleurs, amoureux de leurs vins, défenseurs de
leurs traditions et de leur savoir-faire qui organisent une
résistance que d'aucuns leurs prédisent sans espoir,
mais qui semble se porter plutôt bien !
On s'instruit énormément en regardant Mondovino,
on rit aussi beaucoup des discours et des réparties des
uns et des autres, bref on passe un vrai bon moment de cinéma.
De ceux qui rendent plus intelligents sans ennuyer. Ça
s'arrose !