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MONSIEUR N

Un film français de Antoine de Caunes
Avec Philippe Torreton
Richard E. Grant
Elsa Zylberstein
Roschdy Zem
et Stéphane Freiss

Mars Distribution - 2003 - 2h00
Les films français en costume sont assez rares (pas grand chose depuis Le pacte des loups) pour que l’on se penche avec attention sur le deuxième film d’Antoine De Caunes en tant que réalisateur. D’autant que son Monsieur N se pique de faire œuvre historique en défendant une thèse audacieuse relative à la mort de l’empereur. Victime d’un ulcère sur son rocher perdu au beau milieu de l’Atlantique sud ou plutôt...

1840. Le corps de Napoléon est rapatrié de Sainte Hélène pour être inhumé aux Invalides. Tous les témoins de ses dernières années sont à Paris pour l’occasion. Le dernier carré des "fidèles", bien sûr, qui, à l’époque, était surtout à l’affût des reliefs de la fortune personnelle du "Général" Bonaparte, comme ses geôliers Anglais se plaisaient à l’appeler. Mais également les officiers de Sa Gracieuse Majesté préposés à sa garde, parmi lesquels un jeune homme (Basil Heathcote interprété par Jay Rodan) qui prenait là son premier poste. Il fut le témoin privilégié des événements qui se déroulèrent sur le caillou inhospitalier et nous sert de narrateur.

Entre évocations de l’exil lointain mettant en scène un remarquable Philippe Torreton habité par son personnage impérial, et entretiens avec les acteurs des événements passés, se dessine peu à peu une histoire d’abord prévisible (l’existence étriquée de celui qui était, il y a peu, l’homme le plus puissant du monde), puis moins conventionnelle (l’acharnement du Commandant Hudson Lowe - interprété ici par Richard E. Grant - à détruire son prisonnier moralement... et physiquement), pour aboutir à une hypothèse renversante qui ne sera évidemment pas dévoilée ici.

En alternant les points de vue sans jamais perdre l’attention du spectateur, Monsieur N captive de bout en bout. Loin des épopées guerrières, c’est l’intimité du monarque déchu qui est décrite avec talent. On ressent physiquement le vent et la pluie qui battent Sainte Hélène. On éprouve la tension des intrigues de ce qui reste de cour autour du monarque à Longwood. On décortique les méandres de la pensée d’un homme hors du commun. Et surtout, on adhère irrésistiblement à la thèse défendue par Antoine De Caunes qui aura su, tant dans sa bande-annonce que dans la presse, préserver un silence absolu sur les conclusions de l’enquête de son narrateur.

Impossible dès lors de ne pas être conquis par cet excellent film qui prouve que talent, rigueur et "entertainment" ne sont pas incompatibles.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Février 2003
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