Un film américain de Baz Luhrmann
Avec Nicole Kidman
et Ewan McGregor
20th Century Fox - 2001 - 2h10
Kitsch,
vous avez dit kitsch ? Et après !?
Depuis Romeo + Juliette (Shakespeare revu et corrigé pour les
ados fin de millénaire avec Leonardo Di Caprio), on sait que
Baz Luhrmann a toutes les audaces et que les producteurs sont prêts
à le suivre jusquau bout de ses idées et de ses
budgets surdimensionnés. Alors quand, il y a cinq ans, il leur
a proposé Moulin Rouge, ils ont signé chèque
et contrat les yeux fermés. Depuis, le programme a été
simple : travail acharné en vase clos (toute son équipe
de fidèles enfermée pendant des mois dans sa maison
australienne à peaufiner tous les détails techniques
et artistiques du projet) et plus de 6 mois de tournage.
La recette de Baz Luhrmann est simple et il ne la cache pas : "En
général, je choisis une histoire simple basée
sur un mythe, ici Orphée et le jeune homme qui plonge dans
les bas-fonds pour sauver lamour, et je la mets en scène
dans un monde fictif et exagéré que tout le monde reconnaît"
dit-il "Et jutilise les codes de la comédie musicale,
parmi lesquels le fait que le public connaisse déjà
la plupart des mélodies avant de voir le film, ce qui le met
dans un état particulier. Cétait déjà
le cas à lépoque des comédies musicales
de la MGM."
Et cest ainsi quon se trouve embarqué dans une
comédie musicale foisonnante et décalée mêlant,
pour le plus grand plaisir du spectateur des décors 1900 et
des chansons des Wings, Queen, Madonna, Elton John, David Bowie et
tant dautres !
Le résultat : une énorme, une colossale "claque
dans la gueule" !
Des décors incroyables, des effets spéciaux magnifiques,
un feu dartifice permanent détoffes, de couleurs,
de musiques, de chants, de bruit et de fureur : dun bout à
lautre, Moulin Rouge est un film qui tonitrue ! Impossible,
avec des mots, de donner à seulement imaginer le Montmartre
1900 reconstitué par ce Cecil B. De Mille de lépoque
numérique. Tous les personnages, toutes les situations, toutes
les scènes sont démesurées.
On peut, évidemment reprocher au metteur en scène australien
den prendre à son aise avec un Toulouse-Lautrec décrit
en état dhystérie permanente ou un Erik Satie
en extase à lécoute de trois notes des Beatles.
On peut aussi regretter la simplicité de lintrigue :
Christian (le gentil), jeune poète fraîchement débarqué
de Londres sentiche de Satine (la belle), courtisane et vedette
incomparable du cabaret, également convoitée par un
duc (le méchant), bailleur de fonds du propriétaire
des lieux, Harold Zidler (Monsieur Loyal) pour la transformation du
cabaret en véritable théâtre. Mais après
tout, cette simplicité nest-elle pas une loi du genre
communément admise depuis toujours ?
Ces (infimes) bémols exprimés, concentrons-nous sur
lessentiel : le plaisir total dans lequel Baz Luhrmann nous
abandonne pendant plus de deux heures. Deux heures pour vibrer à
chaque scène, à chaque plan. Deux heures à être
bluffé par le nombre effarant de figurants et par la qualité
des scènes dansées en foule (le cancan du début
du film) ou en groupe plus réduit (le tango ou lirrésistible
Like a virgin mettant aux prises (sic) Zidler et le duc). Deux heures
pour explorer des décors hallucinants (la maison-éléphant
de Satine). Deux heures, surtout, pour admirer Nicole Kidman. Bijou
dans un écrin à sa mesure, lactrice porte Moulin
Rouge à bout de bras du début à la fin (le théâtre
ET le film). Tout a été pensé, conçu,
organisé autour delle : costumes somptueux, scènes
magnifiques, chansons superbes (quelle interprète elle-même)
: rien ne manque à la mise en valeur du joyau de la couronne.
Alors, si vous avez la faiblesse de penser que le cinéma a
aussi le droit, à loccasion, dêtre un pur
divertissement, nhésitez pas : allez voir ce film qui
porte au plus haut niveau cette vocation !