Un film américain de Anthony Minghella
Avec Nicole Kidman
Jude Law
et Renée Zellweger
TFM - 2004 - 2h33
Anthony
Minghella signe un film à grand spectacle qui, sous couvert
de romance, offre une vision réaliste de la guerre de
Sécession et offre à Renée Zellweger un
superbe rôle digne de son talent.
Quand Ada (Nicole Kidman), la fille du Pasteur, croise le regard
de braise d'Inman (Jude Law), le charpentier de ce petit village
de Caroline du Nord, le coup de foudre est immédiat.
Mais Inman est un taiseux et la déclaration de guerre
(de Sécession) survient avant sa déclaration d'amour.
Pourtant, la jeune femme, livrée à elle-même
après la mort de son père, attendra le retour
de l'homme qu'elle aime, inflexible, obstinée. Aussi
obstinée qu'Inman qui n'a de cesse que de fuir l'ignoble
boucherie de cette terrible guerre…
Tiré d'un best-seller "typically american"
de Charles Frazier, Retour à Cold Mountain est arrivé
sur nos écrans précédé d'une périlleuse
ambition : être le nouveau Autant en emporte le vent !
Et même si le film d'Anthony Minghella (Le patient Anglais,
L'incroyable Mr Ripley) est honorable, ce genre de fanfaronnade
marketing n'est pas sans risque, même si l'on sait que
la course aux Oscars passe par ce genre de surenchère
ridicule.
Bien sûr, le rapprochement avec le monument de Victor
Fleming est tentant dès lors que l'on entreprend de raconter
une histoire d'amour passionnée, que l'on situe celle-ci
au plus terrible de la guerre de Sécession… et
que l'on prend plus de 2h30 pour en faire le tour (l'original
approchait les 4h00) !
Malheureusement, nos habitudes cinématographiques ont
changé et, passée la sauvagerie réaliste
des scènes de guerre, le long périple du déserteur
Jude Law pour rejoindre une Nicole Kidman "languissante"
s'étire infiniment entre évasion, capture, nouvelle
évasion, etc. On pourrait se lasser de cette prévisible
succession de rebondissements attendus si Anthony Minghella
n'avait l'habileté d'introduire deux "accélérateurs
de particules" particulièrement efficaces.
Le premier est un traitement réaliste de la guerre et
de ses avatars les plus odieux. Les batailles au corps à
corps, le sang, les plaies, la douleur, la bestialité
à l'état brut y sont montrés sans complaisance.
La guerre est immonde et Anthony Minghella le martèle
avec force. Pas de chevauchée héroïque au
son d'une walkyrie d'orchestre symphonique. Juste la peur au
ventre et les lames qui percent les flancs. Et il ne manque
pas non plus de stigmatiser les "profiteurs" de guerres,
tyranneaux de villages, voleurs et violeurs, ordures de tous
poils qui "fleurissent" quand le reste du monde s'enfonce
dans la pourriture…
Le second trait de génie de Minghella est le choix de
Renée Zellweger pour le rôle Ruby, paysanne sudiste
à l'accent à couper au couteau, forte femme (au
propre comme au figuré) qui vient dynamiser avec talent
et truculence la partie du film qui se déroule du côté
de Cold Mountain, là où la pâlotte Nicole
Kidman n'en finie plus d'attendre le retour du charpentier de
son cœur…
Fort de ces deux atouts, Retour à Cold Mountain peut
s'envisager sans déplaisir à condition de ne pas
aller y chercher seulement "une belle d'histoire d'amour".
C'est, en effet, le côté le moins convaincant de
ce film par ailleurs bouleversant. Surtout si l'on s'en tient
à l'observation de l'âme humaine et de ses ressorts
qui font se côtoyer intimement le bien et le mal…
pour notre plus grand trouble.