Un film français de Emmanuel Carrère
Avec Vincent Lindon
Emmanuelle Devos
Mathieu Amalric
et Hippolyte Girardot
Pathé Distribution - 2005 - 1h26
Le
premier film de fiction d'un écrivain très talentueux
qui, en changeant de média, ne perd aucune des qualités
que l'on apprécie tant chez lui.
Emmanuel Carrère est de ces artistes talentueux dont
la notoriété doit tout à leur travail et
rien à leur appartenance à une coterie médiatique.
Ecrivain d'immense talent (lisez donc L'adversaire et voyez
dans quel état psychologique vous en ressortez), il ne
dédaigne pas lorgner du côté du cinéma.
D'abord l'année dernière avec un très beau
documentaire, Retour à Kotelnitch, qui suivait avec beaucoup
d'émotion le retour d'un ancien prisonnier Hongrois sur
les lieux de sa détention, dans un hôpital psychiatrique
en ex-URSS… où il avait passé 55 ans !
Aujourd'hui, c'est avec une fiction qu'Emmanuel Carrère
revient sur grand écran, en proposant une adaptation
de son propre roman, La moustache. Sorte de conte moderne (mais
en réalité intemporel) sur la communication entre
les êtres, ce long-métrage est de ceux qui marquent
durablement le spectateur. Pas tant d'ailleurs par la force
de l'histoire que par l'atmosphère qui s'en dégage,
le mélange de poésie et terreur qui en découle.
Le postulat de départ est pourtant banal : Marc (Vincent
Lindon) décide un jour de se raser la moustache, mais
constate très vite que personne ne remarque ce changement
dans sa physionomie. Pire, pas un de ses proches, collègues,
amis… ou femme (Emmanuelle Devos), ne semblent même
se rappeler qu'il a jamais été moustachu ! Complot,
folie ? La vie de Marc bascule jusqu'à frôler la
démence et l'entraîne à quitter cette vie
pour un ailleurs lointain.
Si La moustache (le livre) avait été saluée
avec les honneurs qu'elle méritait, La moustache (le
film) mérite aujourd'hui les même louanges. Même
si l'on ne s'explique jamais rationnellement les événements
auxquels on assiste, on ne lâche pas une seconde le destin
de Marc dont tout nous intrigue, nous passionne. Filmé
avec une précision chirurgicale, monté avec finesse
et sensibilité, La moustache achève de nous scotcher
au fauteuil avec un final aussi inexplicable qu'inattendu…
et pourtant tellement fort. L'occasion, d'ailleurs, de saluer
la performance de deux acteurs d'exceptions, à commencer
par une extraordinaire Emmanuelle Devos.