Un film américain de Steven Spielberg
Avec Eric Bana
Ciaran Hinds
Mathieu Kassovitz
Daniel Craig
et Mathieu Amalric
UIP - 2006 - 2h35
Un
grand film pour un sujet fort : Steven Spielberg est un artiste rare
capable d’inscrire son œuvre avec autant d’efficacité
dans la distraction que dans la réflexion. Chapeau.
5 septembre 1972. Les Jeux Olympiques de Munich battent leur plein
quand un commando Palestinien pénètre au petit matin
dans le village réservé aux athlètes et prend
en otages onze membres de la délégation israélienne.
Leur exigence : la libération de 200 prisonniers détenus
en Israël. Mal négociée, la prise d’otage
se terminera en tuerie sur la piste de l’aéroport où
la totalité des otages et la plupart des terroristes sont abattus.
Aussitôt, le gouvernement israélien dirigé par
Golda Meir décide de représailles. L’objectif
: assassiner les commanditaires arabes de cette opération.
Avner, agent du Mossad est désigné pour mener à
bien cette opération de longue haleine. Épaulé
de quatre compagnons, avec chacun une spécialité, il
entreprend de sillonner l’Europe pour éliminer les hommes
désignés…
À mi-chemin du thriller et du documentaire, Steven Spielberg
fait œuvre historique en revenant sur des événements
tragiques de la fin du XXe siècle, mais aussi en levant le
voile sur certains aspects méconnus de l’histoire politique
récente. Surtout, en décortiquant les rouages des organisations
terroristes et ceux, tout aussi troubles, de leurs adversaires officiels
(les services secrets israéliens, français, américains
et soviétiques), il éclaire les faits d’un jour
nouveau, sans jamais faire preuve de manichéisme.
Il n’est en effet pas question pour lui de ne donner à
voir et entendre qu’un point de vue. Au contraire, sa caméra
est plurielle et les éclairages qu’il donne sur une actualité
finalement brûlante (il n’est que de se pencher sur le
résultat et les conséquences des récentes élections
législatives en Palestine) s’avèrent d’une
pertinence troublante.
Tout aussi remarquable est la qualité cinématographique
du travail de Steven Spielberg. Car en s’emparant d’un
sujet à haute valeur symbolique, il n’en a pas pour autant
oublié son talent de metteur en scène. On est ainsi
fasciné du début à la fin par l’interminable
road-movie sanglant de cette poignée de "justiciers"
traqueurs-traqués. Entre action violente et crue, reconstitution
fidèle et explication intelligente, on reste suspendu du début
à la fin des plus de deux heure trente que dure Munich. Et
on en ressort ébranlé par la complexité des thèmes
abordés et leur écho dans l’actualité internationale…
Brillant.