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NE LE DIS A PERSONNE

Un film français de Guillaume Canet
Avec François Cluzet
André Dussollier
Kristin Scott Thomas
Nathalie Baye
François Berléand
et Jean Rochefort

Caneo Films - 2006 - 2h05
On aurait pu craindre le désastre. Mais après un premier film un peu bancal (Mon idole), Guillaume Canet s’essaie avec élégance et brio à l’adaptation cinématographique d’un best-seller américain.


Ne le dis à personne d’Harlan Coben rempli à merveille la tradition des grands thrillers réussis. Partant d’un postulat relativement simple, un homme, après avoir perdu sa femme à l’issue d’un meurtre, reçoit huit ans après les faits des nouvelles de son amour par simple e-mail. Le récit se déroulera tout en finesse jusqu’à un final bien évidemment surprenant et riche en rebondissements.

Cette histoire d’un homme ordinaire impliqué bien malgré lui dans une histoire des plus tordues avait tout pour attirer les grands studios Hollywoodiens. Mais c’était compter sans l’opiniâtreté de Guillaume Canet, qui a réussi à convaincre Coben d’adapter son livre au grand écran en version française.

Alors qu’il aurait pu se rabattre vers un jeune premier, Canet a eu la brillante idée de confier le rôle-titre à l’excellent François Cluzet. Celui-ci, bien trop rare au cinéma en ce moment, illumine le récit de bout en bout. Canet offre ici à l’acteur un de ses rôles les plus marquants. Passées les premières minutes où celui-ci tient le rôle d’un veuf éploré, Cluzet se voit entraîner dans une impressionnante course-poursuite comme le cinéma français n’avait plus l’habitude de nous en offrir.

Traînant sa carcasse désabusée à la recherche de sa femme, le principal protagoniste sera aidé dans sa quête par un voyou sous les traits du méconnaissable et très charismatique Gilles Lellouche. La galerie de seconds rôles déployée dans le film est d’ailleurs assez impressionnante. Canet a tout simplement ouvert son calepin pour nous offrir une vraie distribution de luxe. François Berléand prend ici des allures de Colombo à la française, Kristin Scott Thomas joue la lesbienne au caractère bien trempé, Jean Rocheford est un politique roublard et machiavélique, Nathalie Baye joue l’avocate sexy et intelligente, Olivier Marchal est un tueur impitoyable, André Dussolier joue les pères meurtris, Florence Thomassin est une photographe un peu lunaire, et la divine Marie-Josée Croze est tout simplement le fruit des recherches de Cluzet.

Pour la bande-son, Canet a décidé d’en confier une partie à -M-. Composées en seulement quelques heures et armé simplement de sa guitare et de quelques samplers, ses parties se déroulent tout en finesse en s’éloignant du pompiérisme habituellement de vigueur dans un tel exercice. Le passage de la course-poursuite est d’ailleurs, pour lui également, un des plus réussi. C’est un tout petit riff qui va ici tendre le fil du récit, réussissant à nous accrocher encore plus à nos sièges. Canet ponctue également ici et là son film de morceaux plus connus, comme le magnifique Lilic wine de Jeff Buckley, sans que ceux-ci ne prennent trop le pas sur le récit en lui-même.

En faisant notre fine bouche, on pourra pointer quelques maladresses dans la mise en scène, comme l’apparition quasi mystique d’un cerf devant un Cluzet émerveillé, ou encore un inutile champ de rose au beau milieu d’une forêt pour donner du romantisme à l’histoire. Mais Guillaume Canet a au moins le mérite de nous faire oublier le roman est de transposer à sa manière et sans esbroufe une histoire forte et efficace. Au final Ne le dis à personne à bien des allures d’un des thrillers de l’année, tout pays confondu.


Julien Goarnisson
© Jowebzine.com - Novembre 2006
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