Un film français de François Dupeyron
Avec Eric Caravaca
Sabine Azéma
et André Dussolier
ARP 2001 2h10
Adrien
(Eric Caravaca, magnifique de sensibilité et de retenue), sous-officier
mobilisé de la première heure, tombe, victime de tirs
dobus, pendant une mission de reconnaissance. Miraculeusement
retrouvé vivant 6 jours plus tard, il a la partie droite du
visage emportée et doit être rapatrié sur Paris.
Cest là, à lhôpital militaire quil
passera les années de guerre : de souffrances physiques et
morales en opérations réussies quelquefois, ratées
souvent, destinées autant à lui redonner un visage humain
quà faire progresser lart chirurgical on
sait bien que ce sont durant les périodes de guerre que la
médecine et la chirurgie font le plus de progrès !
Prenant soin de nous offrir une image superbe et des cadrages recherchés,
François Dupeyron nous entraîne pendant plus de deux
heures dans un huis clos géographique et psychologique prenant,
sensible et intelligent. Cest en effet au long cheminement du
retour à la vie dAdrien et de ses camarades dinfortune
que nous assistons. Et cest avec talent et pudeur, avec amour
pourrait-on dire, que le réalisateur nous fait vivre, avec
Adrien, limpuissance et la souffrance de ses premières
semaines dhôspitalisation, le dégoût de lui-même
longtemps ressenti en imaginant son état (tous les mirroirs
ont été retirés de son environnement), puis la
peur : la peur de se voir tel quil est, la peur et la difficulté
de saccepter et de se faire accepter aux autres (mais est-ce
si différent ?).
Les trois acteurs principaux sont, bien sûr, pour beaucoup dans
la qualité du film. Sabine Azema, en infirmière touchante
de bonté et de sollicitude bienveillante et patiente, qui aime
ce blessé dun amour filial inébranlable. André
Dussolier, en chirurgien passionné, aussi attaché à
"réparer" ses patient quà faire avancer
la science par des expérimentaions incessantes : "La science
avance à grand pas en ce moment" se félicite-t-il
dans le film en sadressant à Adrien souffrant, défiguré,
"Ah, tous ces progrès, cest passionnant !".
Mais surtout, si La Chambre des Officiers est un film réussi,
un film qui prend aux tripes et bouleverse réellement, cest
que François Dupeyron prend le temps daller au fond des
choses, des sentiments, des personnalités et des psychologies.
Et en sortant de la salle, outre le fait que lon soit réellement
"dérangé" par ce que lon vient de voir,
on néprouve pas le sentiment de superficialité
qui caractérise habituellement luvre cinématographique
comparée à luvre littéraire. Et à
mon sens, cest un sacré compliment !