Depuis
Akira à l’aube des années 90, le cinéma
d’animation japonais a considérablement changé
notre point de vue sur le dessin animé. Ce cinéma est
devenu un genre à part entière et en plus, il est de
qualité. Paprika fait honneur à l’animation nippone
: c’est un divertissement doublé d’une fascinante
réflexion.
Pour ceux qui ont vu quelques dessins animés japonais, les
thèmes sont bien plus que récurrents : ils sont une
obsession. Il est bien souvent question de sciences et de technologies.
L’homme est bien souvent aveugle devant ses créations.
Pire, il pollue et s’oppose à la Nature qui parfois se
venge. L’être humain est un ingérable génie
et cela le mène à sa perte.
La fin du Monde lui pend au nez. L’homme doit son salut à
un personnage qui généralement se situe entre les mondes
différents. Avant cela, des bestioles ou des robots gigantesques
imiteront le lézard atomique Godzilla et provoqueront quelques
destructions massives.
Le nouveau film de Satoshi Kon (Perfect blue) n’échappe
aux conventions. Encore une fois, des scientifiques imaginent faire
une avancée considérable pour l’humanité
avec l’invention du DC Mini.
Grâce à ce petit instrument, il est possible de pénétrer
dans les rêves, de les enregistrer et de les modifier. L’équipe
du docteur Chiba a inventé un personnage virtuel, Paprika,
pour aider les patients.
Evidemment, rien ne se passe comme prévu. La machine est volée
et certaines personnes agissent dangereusement tandis que d’autres
disparaissent. Quelqu’un profite de l’invention pour altérer
la réalité et la confondre avec les songes. A force
de triturer la psyché, les conséquences peuvent être
désastreuses…
Il faut donc se méfier des machines psychothérapiques
et surtout de l’orgueil des scientifiques. Le discours est connu,
mais Satoshi Kon, lui, reste obsédé par la différence
perméable entre la réalité et la fiction.
Ce n’est pas étonnant si son film fait souvent référence
au cinéma. Si la DC Mini est la clef scientifique qui ouvre
la porte des rêves, le cinéma est la clef artistique
pour la même porte. Paprika est un hommage au 7e art : l’éloge
est pourtant proche du cauchemar kafkaïen.
L’aliénation de l’homme par ses propres technologies
n’est pas une nouveauté, mais Satushi Kon va plus loin
en suggérant ce que pourrait être le monde s’il
faisait le même rêve. Cela s’apparenterait à
du fascisme. La réflexion sur l’art devient politique,
et Kon joue habilement sur les faux semblants pour nourrir une enquête
complexe et spectaculaire.
Bien entendu, il ne faut pas rater une minute du film sinon vous êtes
bon pour devenir à votre tour dément, mais Kon jongle
habilement avec la réalité, la fiction, le rêve
et son interprétation. Tout cela est très compliqué
mais c’est là la plus grande qualité de la jap
animation : elle ne prend jamais le spectateur pour un bouffeur de
pop corn sans cervelle. Pop corn et Paprika, voilà une association
qui ne va pas bien ensemble. Et c’est tant mieux !