Un film américain de Peter Webber
Avec Colin Firth
et Scarlett Johansson
Pathe Distribution - 2004 - 1h40
Plus
qu'un film, La jeune fille à la perle est un hymne à
l'art, à la peinture, à la sensualité.
Une très belle réussite de peter Webber et de
son équipe.
La jeune fille à la perle de Peter Webber est un film
qu’il faut aller découvrir comme un poème
à la gloire de la sensualité et de la douceur.
Déjà, le texte de Tracy Chevalier, dont les droits
du livre avaient été achetés dès
sa parution en janvier 1999 par le producteur du film, gardait
une promesse incroyable…
La lumière naturelle est adoucie par les saisons hivernales
qui enveloppent les paysages d’un voile gris-bleu, rappelant
étrangement les pièces de faïence qui ont
fait la renommée de Delft. Cette lumière pénètre
les pièces de la maison de Vermeer, traverse les toiles
et les gens.
Plus que les acteurs - Scarlett Johansson, Colin Firth, Tom
Wilkinson - aussi formidables soient-ils, c’est l’œuvre
de cet artiste du XVIIe siècle que l’on vient voir
et tenter de s’approprier. La conquête de la femme
ne peut se faire qu’en lui laissant le temps d’éclore,
de s’ouvrir, non en projetant des rayons crus mais plutôt
en jouant sur les reflets, la texture des étoffes, les
souffles tièdes des bouches entr’ouvertes…
Comment suggérer la beauté, le désir, sans
jamais dévoyer quoi que ce soit et éviter de tomber
dans les clichés de l’attirance vulgaire que notre
société cherche à confondre ! Mais non,
justement, le pari est tenu. Le turban cache une chevelure de
feu et même si le fruit défendu se devine, il nous
est presque insupportable de ne pas pouvoir arracher cette coiffe
!
Cette violence se retrouve dans les sacrifices que la petite
servante accepte : d’abord pour entrer dans cette maison
bourgeoise, où elle subit les humiliations de l’épouse
de Vermeer, d’une de ses filles et doit soutenir les regards
lubriques de certains riches marchands et, alors que la peinture
"La jeune fille au turban" nécessite une composition
équilibrée et lumineuse, elle perce le lobe de
son oreille !
Cependant, les effleurements des doigts des personnages, l’aplat
des couleurs et des glacis nous font oublier la souffrance de
Griet et de Jan : ils sont enfermés, chacun dans leur
caste sociale, leur siècle sombre et leurs histoires.
Et pourtant, si en sortant de la salle de cinéma vous
vous plongez dans l’admiration du tableau à l’origine
de ce film tout en pudeur et en subtiles nuances, vous ne pourrez
que vous convaincre d’une chose : Peter Webber et tous
ceux qui ont travaillé avec lui ont vraiment percé
le mystère de la passion et de l’Art ! Par contre,
si vous cherchez autre chose, tel un mélodrame dans lequel
il y aurait des scènes torrides, voire vulgaires, ne
vous engagez pas : la délicate composition de La jeune
fille à la perle est un cadeau fragile aux spectateurs
nostalgiques.