Un film italien de Roberto Benigni
Avec Roberto Benigni
et Nicoletta Braschi
GBVI - 2003 - 1h41
Lhistoire
de Pinocchio, tout le monde la connaît : le pantin de bois,
touché par la magie de la Fée Bleue, qui parle, bouge,
et va même devenir un vrai petit garçon, hélas
pas aussi obéissant que le souhaiterait Gepetto, le vieil ébéniste
qui la sculpté.
De là, Benigni a pris quelques libertés qui pourront
choquer les puristes. Nous savons tous que Pinocchio, par exemple,
a été avalé par une baleine, et non par un requin
(franchement, un requin !), mais les exigences financières
et techniques dun film échappent sans doute au vulgaire
spectateur, et le fait que peut-être les maquettes des Dents
de la mer se louaient en promo au moment du tournage a pu influencer
le choix de lanimal marin à mettre en scène, qui
sait ? Bref, quelques petits écarts de ce genre par rapport
au scénario originel, mais rien de bien méchant, au
fond.
Non, là où nous pourrions devenir méchants, cest
sur la réalisation proprement dite. Cependant, par égard
pour le travail considérable que représente un long
métrage, et connaissant de surcroît le vrai génie
dont ce réalisateur de talent peut faire montre, nous nous
contenterons de nous exclamer, très sobrement "Mamamia,
Benigni ! Quest-ce que tu nous as pondu là ?!" Cela
résumerait assez bien, en somme, la déception qui nous
a gagné dès les premières minutes du film.
Un grand dadais, en loccurrence Benigni, sautant et gesticulant
comme un possédé dans son habit de clown, voilà
un spectacle qui, un peu comme au cirque, devient rapidement lassant.
Si ce nest que, dans notre salle obscure, pas déchappatoire
ni de Monsieur Loyal qui fasse entrer les otaries ou les cracheurs
de feu pour entretenir le rêve. Nous sommes donc restés
devant un film sans magie ni couleurs, hormis quelques effets spéciaux
réussis, dont le tant attendu nez qui sallonge à
chaque mensonge. Mais tout reste relatif, bien entendu, puisque le
rire atteint son paroxysme au moment où lon voit les
oreilles et la queue dâne pousser sur Pinocchio et son
cancre dami... A la réflexion, pas de quoi se faire pipi
dessus ! Doù linterrogation suivante : à
qui sadresse réellement ce film ? Sil est destiné
aux enfants, on peut penser quils seront mille fois plus émerveillés
par la version de Disney. Si en revanche il vise un public dadultes,
quel recul apporte-t-il par rapport au dessin animé ?
On se dit donc, en sortant, que Benigni se sera au moins fait plaisir
en incarnant son Pinocchio, et cest en quelque sorte une petite
consolation davoir vu un acteur exprimer autant de bonheur et
de jubilation dans son jeu. En contrepartie, il peut se féliciter
davoir réussi à nous transformer en Pinocchio
nous-mêmes, puisque comme son pantin de bois dans le film, nous
nous sommes tous rendus de bon cur au village dAttrape-Nigauds.