Un film chinois de Zhang Yimou
Avec Zhang Ziyi
Takeshi Kaneshiro
et Andy Lau
UIP - 2004 - 1h59
Le
réalisateur d’Epouses et concubines et de Hero
se refait une jeunesse avec le film de sabre. C’est beau
et emballant. Ah, le grain de peau de Zhang Ziyi !
Nous avons tous nos madeleines de Proust. En ce qui concerne
le chroniqueur ici présent, quand il était enfant,
ses parents lui avaient offert des livres à couverture
blanche, zébrée d’or. Ces livres racontaient
les contes et légendes de tous les pays du monde. Et
les contes et légendes de Chine et d’orient l'enchantaient
déjà lorsqu’il portait des culottes courtes.
Le secret des poignards volants nous immerge dans cette terre
de légende où le réel se marie à
l’imaginaire. L’histoire se situe au neuvième
siècle, en Chine, sous la dynastie Tang. Cette dynastie
est attaquée, notamment, par la maison des poignards
volants. Deux capitaines vont tenter d’infiltrer ce groupe
secret et pour cela rencontrer une danseuse aveugle, attraction
d’une maison de passe.
Cette danseuse (Zhang Ziyi) dont on suppose qu’elle est
la fille d’un rebelle illustre va connaître maints
périls et être soutenue par un des capitaines (Andy
Lau) qui se prétend chevalier errant pour mieux leurrer
la belle.
Après Hero,
que réalisa également Zhang Yimou mais surtout
après Tigre et dragon de Ang Lee, nous assistons à
la réhabilitation du film de sabre chinois. On peut affirmer
que le traitement qu’il subit est aussi intéressant
que le western quand il fut revisité par Sergio Leone.
Zhang Yimou, ceux qui ont aimé Epouses et concubines,
s’en souviennent, est un esthète. Il conçoit
son film comme une succession de tableaux dont la beauté
est renversante. Mais ne croyez nullement que vous allez vous
laisser aller à un ennui bon chic bon genre en regardant
une belle série de vignettes.
Non, ce qui rend ce film passionnant est que les personnages
ne sont pas ce qu’ils prétendent être. Ils
se dissimulent. Ils nous mentent et en même temps, l’histoire
qui se déroule sous nos yeux les transfigure.
Autrement dit, le film commence tranquillement (si l’on
ose dire), dans les couleurs chatoyantes d’une maison
de plaisir, pour se terminer sous la neige par un combat au
sabre où la passion est à son apogée. Entre
temps, les personnages auront traversé les apparences
et accédé au lyrisme.
Combat dans un champ de fleurs, dans une forêt de bambous,
danse et chant, poignards volants évidemment, viendront
pimenter le récit. Nous sommes redevables à ce
cinéma de nous apporter des émotions que nous
ne retrouvons pas ailleurs.