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     CiNéMa
 
LA RAISON DU PLUS FAIBLE
Un film français de Lucas Belvaux
Diaphana - 1h55 - 2006

BRICK
Un film de Rian Johnson
Mars - 1h50 - 2006

ROSARIO
Un film de Emilio Maille
Pretty Pictures - 1h50 - 2006
Rien ne doit perturber le vacancier. Période estivale oblige, il ne faut pas déranger le Français qui a besoin de repos. Le coup de boule de Zinedine Zidane l’a assez traumatisé comme ça. Au cinéma, tout n’est que divertissement léger et familial. Devant tant de futilité, les vrais polars ont pris une saveur toute particulière.


La Raison du plus faible de Lucas Belvaux joue habilement avec les codes du genre. C’est encore la sempiternelle histoire du dernier coup qui bien sûr va virer au drame. Cependant, à la sauce belge, le casse perd son aspect glamour et héroïque. En effet, le vol d’un modeste magot réunit quelques chômeurs au bout du rouleau autour d’un ancien taulard.

Lucas Belvaux s’attache à leur quotidien et se rapproche d’un Ken Loach pour suivre ces pieds nickelés. Au début, ils font rire. Un binoclard, un alcoolique et un handicapé s’imaginent comme des brigands de haut vol. Ils sont même touchants : après tout, ils font ça pour que le binoclard puisse acheter une mobylette à sa femme, seul salaire du foyer.

Ils sont même émouvants. Leur pudeur et leur solidarité offrent de très belles scènes d’amitié et de silences complices. Brisés par la vie, abandonnés par la société, il subsiste chez eux cette conscience de classe qui les sauve un peu du marasme économique. Le réalisateur a de la compassion pour ses antihéros. Mais le thriller reprend ses droits. Inexorablement, le vol se prépare et aura des conséquences dramatiques.

Le constat social n’est pas joyeux et Belvaux enfonce le clou avec ce polar, réaliste et brutal. La raison du plus faible est un sacré coup de gueule. Il doit être entendu !

Si Belvaux jongle avec les clichés du film noir, l’américain Rian Johnson les applique maladivement dans son polar Brick. Il respecte à la lettre le cahier des charges du vrai film noir : héros louche, femme fatale, grosse brute sans cervelle, petit ami jaloux, dealer ambigu, autorités complices ou sourdes. Tout y est.

Le détail qui fait la (grande) différence : les protagonistes sont des adolescents et tout se passe dans un lycée. Élève solitaire, Brendan enquête sur la disparition de son ancienne petite amie, Emily. Du club-théâtre aux junkies qui traînent derrière l’établissement, Brendan fait tout pour la retrouver. Cela l’amènera à fréquenter quelques étudiants plus dangereux qu’il n’y paraît.

Adolescent torturé, Brendan est le cousin contemporain de Humphrey Bogart. Il partage le même cynisme et une violente dérision qui lui permettent d’avoir du recul avec les risques qu’il prend.

Si le film peut être vu comme une réflexion sur l’ennui et la violence des jeunes (on pense à Elephant de Gus Van Sant et les œuvres de Larry Clark), c’est un formidable film noir envoûtant, filmé avec originalité. Plus le film avance, plus le héros devient trouble. À l’opposé, les "bad guys" révèlent des personnalités sensibles. Et puis il y a les femmes fatales, adolescentes trop matures et manipulatrices.

Les acteurs sont épatants. C’est un plaisir de voir la star de la télé Joseph Gordon Levitt (3e Planète après le soleil) s’échapper vers un cinéma exigeant. Comme dans Mysterious Skin, il est formidable et sa partition avec Lukas Haas (le petit mormon dans Witness a bien grandi) impressionne. Pur exercice de style, Johnson en fait parfois un peu trop mais Brick est franchement un bel objet !

Bel objet, voilà le genre de qualificatif que ne ferait pas plaisir à Rosario, héroïne du film éponyme ! Pourtant, au début elle semble tout droit sortie d’une telenovela ! Brune piquante à la poitrine généreuse et à la bouche pulpeuse, elle se déhanche lascivement dans une boîte de nuit kitsch et fait craquer un dandy qui a le défaut de ressembler à Anthony Delon.

Heureusement, le film part dans une autre direction. Dès le début, on le sait : la bimbo est une créature vénéneuse. Elle a la gâchette facile. À Medellin, elle est connue pour être une tueuse implacable. Le dandy ne fera pas le poids, mais son meilleur ami reste fasciné par cette jolie poupée, dangereuse et si fragile.

Ça commence comme une comédie décérébrée, ça se poursuit en polar réaliste et cela donne, au final, le portrait d’une femme révoltée contre la société colombienne, à l’aube des années 90. Parfois ridicule, parfois saisissant, le film s’acharne à révéler tout ce que cache la plastique hallucinante de l’héroïne. Le réalisateur Emilio Maille fait plonger le spectateur dans une violence incroyable parce que normale et acceptée. Le résultat est étrange et pas totalement convaincant à force de rebondir de genre en genre. La singularité reste néanmoins la principale qualité de ce film colombien !

Si les nuages noirs font craindre le pire en été, les films noirs offrent à la même période, les meilleures sensations !


Pierre Loosdregt
© Jowebzine.com - Août 2006
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