Un film français
de Jean-Pierre Darroussin
Avec Jean-Pierre Darroussin
Amandine Jannin
Valérie Stroh
et Nathalie Richard
Bac Film - 2006 - 1h40
"Qu’est
ce que je fous là ?" Voilà les premiers mots de
Charles Benesteau, le héros du Pressentiment : ils résument
parfaitement ce premier film. Il ressemble beaucoup à son réalisateur,
Jean-Pierre Darroussin : détaché et attachant !
Charles Benesteau a tout quitté. Il s’est perdu dans
l’existence et fait table rase. Il a abandonné son travail
lucratif d’avocat. Il a divorcé de sa charmante épouse.
Il est passé d’un appartement luxueux à un pied-à-terre
vétuste. Il a dit adieu aux beaux quartiers pour un coin populaire.
Personne ne comprend pourquoi. Tout le monde s’inquiète
pour lui.
Charles s’en moque. Il a un irrésistible besoin de dépouillement.
Encore riche, il est ravi de se faire arnaquer. Il fuit son milieu
social avec comme excuse, l’écriture de poèmes
que personne ne lira. Son ambition : vivre au jour le jour.
De cette manière, il remarque les habitants de son immeuble.
Un soir, ils le sollicitent. Parce qu’une jeune femme du bâtiment
s'est fait agresser par son ami, l’ancien avocat recueille chez
lui une adolescente rebelle. Les deux vont doucement s'apprivoiser.
Ça ne sera pas facile.
C'est encore une histoire de crise. Celle d'un quinquagénaire
qui s'interroge sur le sens de sa vie! Charles gratouille quelques
phrases existentielles. Il lit beaucoup. Il avale quelques sardines.
Il observe. Il attend. Qu'est ce que va lui offrir cette liberté
durement acquise ? Une jeune fille taciturne. Sa crise trouve un écho
dans celle, adolescente d'une gamine maltraitée par la vie.
La générosité, voilà ce qui manquait.
C'est ce qui manque à la société d'une manière
générale. Aérien avec son héros et ses
pensées, Jean-Pierre Darroussin devient opiniâtre en
présentant une vie d'immeuble versatile et parfois innommable.
Le réalisateur trouve ce qui se cache derrière les apparences
et le constat est sans appel : l'altruisme est toujours coupable aux
yeux des autres. Sans être démonstratif, Darroussin étudie
avec humour les travers de ses contemporains. Comme dans les films
de ses amis, l'envie d'observer la société par ses bons
et mauvais cotés offre une vraie originalité et un humanisme
apaisant.
Sensible, drôle et parfois même poétique sont des
mots souvent liés au nom de Darroussin. Le coté lunaire
du comédien transpire dans cette adaptation. Face aux misères
qui pourrissent le quotidien, il répond avec légèreté
et simplicité. Personnalité attachante du cinéma
français, Darroussin a su faire une œuvre qui lui ressemble.
Personnel, son film, par sa bienveillance, devient essentiel.