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LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS

Un film français de Robert Guédiguian
Avec Michel Bouquet
et Jalil Lespert

Pathé Distribution - 2005 - 1h47
Film funèbre et profond sur un homme politique qui a exercé le pouvoir pendant 14 ans. Guédiguian nous livre le portrait d’un Mitterrand qu’on croirait inventé par Balzac ou Shakespeare.


C’est un lieu commun de constater que les Américains ont moins de difficulté que nous pour aborder l’histoire immédiate ou le présent. Il y a même une série télévisée qui nous montre un président professeur d’économie et fin lettré (A la Maison Blanche). Ça nous change de George W.

Cependant, le film de Robert Guédiguian a des qualités telles qu’il ouvre beaucoup de voies, de possibilités pour un cinéma français moins frileux, témoin de son temps, et une réflexion sur un grand personnage au regard de l’histoire.

Un jeune intellectuel (Jalil Lespert, fade par moments, intense par scènes) est témoin des six derniers mois de François Mitterrand à l’Elysée. Il est censé écrire un livre sur le Président, mais il sert surtout de confident, il est ce qu’on appelle en boxe un sparring-partner. Inspiré par Georges-Marc Benamou (qui a co-écrit le scénario) il subit le charme du Président, sa mauvaise foi, ses foucades, son infinie érudition.

Ce jeune intellectuel, Antoine Moreau, est tellement fasciné par Mitterrand que sa vie personnelle s’en trouve modifiée. Sa compagne le quitte, il rencontre une autre femme, Judith, qui devient un écho de ses discussions avec le Président.

Que dire de Michel Bouquet ? Autant les photos dans les journaux ne rendent pas justice à sa composition, autant dès que le film commence, on est saisi par l’évidence. Bouquet ressuscite Mitterrand. Et nous fait comprendre la fascination, mêlée de dégoût devant ses dénégations face à Vichy et Bousquet, qu’il exerce encore maintenant.

Toute l’ambiguïté des réactions que suscite le Promeneur s’explique ainsi. La garde rapprochée qui a connu l’homme juge le film caricatural. Ils n’ont pas tort puisque le fait que Mitterrand ait dirigé l’Etat jusqu’au dernier jour de son mandat ne transparaît pas particulièrement. Cependant, la jeune génération constate que le Président avait une stature hors du commun, et éprouve une nostalgie renforcée par la petitesse des intrigues qui gangrènent aujourd’hui la vie politique.

Pourquoi donc Guédiguian est-il le cinéaste idéal pour faire revivre Mitterrand ? Parce qu’il est modeste. Pas de mouvements de caméra épileptiques mais une attention à la lumière (travail remarquable de Renato Berta). Une attention aux visages des anonymes comme dans la scène du discours de Liévain.

Et même si l’on ne revoit pas les membres de la troupe Guédigian, tous les acteurs, en dehors de Bouquet, ne sont pas des comédiens connus. Ce qui rajoute au film une dimension de véracité.

Les occasions de réfléchir sur le passé proche ne se trouvent pas dans la télé réalité mais au cinéma. Le promeneur du Champ de Mars n’a pas été réalisé en pensant à rendre disponible votre cerveau pour Coca-Cola. Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur un tel film. Concluons sur la subtilité du scénario qui dépeint autant un séducteur qu’un homme irritant.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Février 2005
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