Un film anglais de Stephen Frears
Avec Helen Mirren
Michael Sheen
James Cromwell
Sylvia Syms
Paul Barrett
et Alex Jen
Pathé Distribution - 2006 - 1h37
En
attendant le nouveau film de Chabrol consacré à la dissolution
ratée de 1997 avec Delon dans le rôle de Chirac et Claude
Rich dans le rôle de Villepin, vous pouvez aller voir The queen.
Tony Blair vient d’accéder au pouvoir et d’avoir
sa première entrevue avec la Reine Elisabeth II. Il s’est
montré plus respectueux que sa femme Cherie, dont la révérence
a été à la limite du je-m’en-foutisme.
Cela dit, la reine, engoncée dans son protocole, n’a
pas été infiniment chaleureuse non plus.
La première scène de The queen montre cette rencontre.
Un Premier ministre enthousiaste mais admiratif, la femme du Premier
ministre, impressionnée comme une petite fille et hilare. Une
reine aussi sympathique qu’un lampadaire.
Nous sommes en 1997 et, fin août, la mort tragique de Lady Di
va bouleverser le paysage anglais. Tony Blair par son désir
d’être au diapason de l’émotion qui secoue
le pays, va voir sa propre popularité confortée. La
reine, par son absence de réaction, va connaître une
crise d’une ampleur qui la prend de court.
La reine est dans sa résidence écossaise de Balmoral.
Elle ne voit pas l’intérêt de revenir dare-dare
à Londres. N’oublions pas que Diana a pas mal balancé
sur la famille royale et qu’on la voit plus, à Balmoral,
comme une emmerdeuse que comme un atout pour la royauté.
Ajoutons qu’Elisabeth II a été élevée
dans une tradition où l’épanchement sentimental
n’a pas court. Qu’on souffre, qu’on aime ou qu’on
exècre, il est de bon ton de tout garder pour soi. Les sentiments
sont une chose personnelle.
On le voit, la reine est bien mal outillée pour faire face
à la peine de ses sujets, qui prend vite l’allure d’une
déferlante.
Du reste, la reine semble confinée dans un mausolée,
prise en tenaille entre son réac de mari qui ne s’anime
qu’à l’idée de chasser et tuer un cerf,
et sa mère centenaire qui passe son temps à boire des
verres de vin. Sa seule tendresse visible va à ses chiens de
compagnie.
The queen, le film jubilatoire de Stephen Frears, montre comment la
reine va être sauvée par son seul soutien solide : Tony
Blair.
C’est un film d’une grande richesse et qui ne penche ni
dans un sens ni dans l’autre. Il nous ramène dans un
de ces moments de l’histoire où tout sens critique est
annihilé, où seul demeure le torrent de l’émotion.
Pourquoi faut-il voir ce film ? Parce qu’il vous plonge dans
une heure quarante de bonheur. Il vous divertit et vous rend intelligent.
The queen est produit par une chaîne privée anglaise
et par le groupe français Pathé. N’est-il pas
rassurant de penser, qu’à défaut de produire de
bons films français, nous pouvons au moins faire vivre la cinéphilie
européenne ?