Un film français de Fabienne Godet
Avec Olivier Gourmet
Dominique Blanc
Julie Depardieu
et Marion Cotillard
Haut et Court - 2006 - 1h30
Une
belle distribution et une bonne idée de départ (placer
son film au cœur de l’entreprise), mais un traitement indécis
qui laisse le public de Fabienne Godet sur sa faim.
C’est par des chemins détournés que Fabienne Godet
est venue au cinéma. Mille métiers et plusieurs courts-métrages
ont précédé ce premier "vrai" film
à la distribution impressionnante. C’est pourtant ce
parcours atypique qui a nourri son œuvre ancrée dans la
réalité sociale de notre époque.
Réalité que l’on retrouve dans cette imprimerie
de province où le patron dissimule son intransigeance et son
despotisme sous un paternalisme de façade, faisant reigner
un climat de soumission "librement" consentie face au spectre
du chômage. La vie de l’entreprise ronronne ainsi jusqu’au
jour où l’édifice s’effondre avec le suicide,
sur son lieu de travail, de Simon (Jean-Michel Portal), jeune salarié
moins docile que les autres. C’est plus que n’en peut
supporter François (Olivier Gourmet), collègue et ami
de Simon. Le drame lui ouvre enfin les yeux et agit comme un révélateur
du caractère insupportable de la situation, de sa vie…
En abordant à son tour un sujet que le cinéma commence
à traiter avec une certaine pertinence (Ressources humaines
de Laurent Cantet, Violence
des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc
Moutout, Le Couperet
de Costa-Gavras, Ils
ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés
de Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau…), Fabienne Godet apporte
sa pierre à l’édifice de la compréhension
d’un phénomène (quasi) invisible parce qu’enfoui
profondément dans la mauvaise conscience de chacun.
Dommage simplement qu’elle ne choisisse pas plus franchement
son camp cinématographique en abandonnant trop rapidement l’étude
sociale pour un thriller un peu faible qui laisse sur le bord de la
route les hommes et les femmes au cœur de la tourmente…