Un film germano-indien de Pan Nalin
Avec Shawn Ku
et Christy Chung
Ocean Films - 2002 - 2h18
Décidément,
le Tibet a le vent en poupe depuis quelques années dans le
cinéma occidental. Du Little Buddha de Bertolucci en 1993 à
Lenfance dun chef, lannée dernière
sans oublier les sept ans passés au Tibet par Brad Pitt, le
genre himalayen fleuri sur nos écrans. Dans nos librairies
aussi, pour la plus grande fortune de philosophes de bazar, au premier
rang desquels un Paulo Coelho qui à lair à peu
près aussi sincère dans sa défense des philosophies
orientales quun vendeur de voitures doccasion en train
de nous vanter létat impeccable de la dernière
F1 de Jean Alési. A l'écrit comme à l'écran,
la veine tibétaine, mélange de paysages grandioses et
de pensées élevées "qui font toujours leur
petit effet" sur les citadins en mal de grands espaces et dabsolu
religieux, a encore de beaux jours devant elle.
Le propos de Samsara ne déroge pas aux grandes règles
du genre : les superbes paysages sont là, le bouddhisme aussi
(Tashi, le héros, est un jeune moine "défroqué")
et, pour faire bonne mesure et marquer son originalité, le
réalisateur Pan Nalin introduit, si je puis dire, une dose
inédite dérotisme d'altitude ! Tashi, en effet,
revient à la vie après 3 ans, 3 mois, 3 semaines et
3 jours de profonde méditation, isolé quelque part dans
les immenses montagnes. Mais ce retour à la vie saccompagne
du réveil de désirs charnels endormis. Il choisit alors
de quitter son état de lama pour retrouver la vie civile et
fonder un foyer en épousant Pema, une très jolie villageoise.
Magnifiquement filmé (mais comment faire autrement dans un
décor aussi grandiose), interprété en ladakhi
(ce qui nous change des moines tibétains parlant anglais avec
l'accent californien), Samsara nen trouble pas moins par le
manque de profondeur de son propos. Le film tient, dans sa totalité,
sur deux idées et une énigme.
Première idée : sur sa seule volonté, un lama
peut-il surmonter toutes les tentations de lexistence ? Ou,
formulé en sabir philisophico-Boudhiste : vaut-il mieux satisfaire
mille désir ou en dominer un seul ? Bonne question
Deuxième idée - potentiellement plus intéressante
mais presque totalement éludée par le réalisateur
: quels ravages la civilisation peut-elle faire sur les sociétés
ancestrales jusque-là préservées des tares du
monde moderne ? Lépisode au cours duquel Tashi et son
beau-père se rendent en ville vendre leur récolte est
à ce titre édifiant.
Lénigme enfin, que je vous livre comme telle : comment
faire pour empêcher une goutte deau de sécher ?
La curiosité vous taraude ? Allez passer deux heures apaisantes
(anesthésiantes ?) sur les hauts plateaux tibétains
ou écrivez-nous !