Un film franco-tunisien de Raja Amari
Avec Hiam Abbass
Hend El Fahem
et Maher Kamoun
Diaphana - 2002 - 1h40
Pourvu
quil ne soit pas trop tard
Le problème avec les films peu médiatisés, cest
quils ont beaucoup de mal à rencontrer leur public, comme
on dit. Ou plutôt, cest le public qui a beaucoup de mal
à savoir quils existent faute dinformation. Et
comme la rencontre ne se fait pas, forcément, le film ne reste
pas à laffiche CQFD.
Le cas de Satin rouge est à ce titre tout à fait édifiant.
Voilà un long-métrage franco-tunisien à faible
budget et sans acteur-vedette qui tente sa chance entre Panic
room, Femme
fatale et autre 3-zéros
! Pourquoi voulez-vous que qui que ce soit se penche une seconde sur
un film où lon ne trouve ni Gérard Lanvin, ni
Jodie Foster, ni Antonio Banderas ? Parce que cest un très
bon film ? En voilà une drôle de raison. Pour paraphraser
Staline, qui ironisait sur le pouvoir du Pape, avec la formule "Le
Vatican, combien de divisions ?", nos grands faiseurs dopinion
ont un peu trop souvent tendance à raisonner : "Tel film,
quel budget ?" ou "Quelles vedettes ?". Pour reprendre
le cas de Satin rouge, la réponse évidente est "Pas
beaucoup" (de budget), voire "Pas du tout" (de vedette).
Par contre, si lon veut parler de talent, doriginalité
et démotion, alors la réponse est tout autre et
cest "Enormément !" quil faut dire.
Lhistoire dabord, tellement atypique, de Lilia, cette
femme élevant seule sa fille adolescente amoureuse (pléonasme
?) dans une Tunisie moderne mais encore engoncée dans ses traditions
patriarcales. Une femme qui va redécouvrir lamour et
lémancipation, en même temps que sa fille, mais
par un biais des plus inattendus dans un pays musulman (tolérant).
Histoire damour donc, assez compliquée et perverse, même,
mais toute de nuance et dambiance dans une vie et une ville
où le cur et la libération des murs empruntent
de bien étranges voies.
Le film en lui-même, ensuite, admirablement construit par Raja
Amari, jeune cinéaste débutante, qui produit-là
une uvre subtile et attachante. Par lalternance des scènes
de jour et de nuit, de mère et de fille, elle arrive à
nous faire sentir la métamorphose de ces deux femmes qui saccomplissent
en même temps. On ne saurait, à ce propos, louer assez
la prouesse dactrice de Hiam Abbass qui, par son interprétation,
porte à bout de bras ce film décidément très
attachant.
Pourvu quil ne soit pas trop tard, disais-je en ouverture de
cet article Cherchez Satin rouge et trouvez-le pour lui permettre
de trouver son public.