Sponsorisé
par l’entreprise Prozac, un film plus intéressant
par ce qu’il évoque que par ce qu’il raconte.
Si vous êtes sous antidépresseurs et que cela ne
vous empêche pas d’aller voir un film plein de tristes
trajectoires et de musique, ce film est pour vous !
Martin Scorsese a initié une série de six films
autour du blues. Clint Eastwood et Mike Figgis ont été
sollicités. Wim Wenders est le premier à rendre
sa copie. The soul of a man est un documentaire de 1h45 retraçant
le parcours de 3 bluesmen : Blind Willie Johnson, Skip James
et JB Lenoir.
Pour les 2 premiers, Wenders a recréé leurs trajectoires
en filmant l’Amérique de la dépression.
Pour le 3e, il a retrouvé un film d’amateur tourné
par un couple américano-suédois au milieu des
années 60. Le film procède d’une logique
binaire : le réalisateur recrée une saynète
dans laquelle Skip James ou Blind Willie Johnson chantent un
de leurs classiques. Ensuite un musicien d’aujourd’hui
reprend et souvent transcende le titre.
Et là, il faut bien reconnaître que papy Wenders
nous bluffe. Le casting est impeccable : Nick Cave, Lou Reed,
Garland Jeffreys, Bonnie Raitt, Jon Spencer and the Blues Explosion,
Cassandra Wilson, Beck. Souvent, les titres d’époque
n’apparaissent que comme des démos auxquelles la
crème des musiciens donne chair.
Le narrateur du film est Blind Willie Johnson. Lawrence Fishburne
lui prête sa voix. Il nous parle depuis la navette Voyager
partie aux confins de l’espace depuis 1977 pour apporter
un florilège de notre culture aux habitants de planètes
lointaines. On a l’impression que l’auteur de Paris
Texas s’est lui aussi satellisé dans les hautes
sphères pour réaliser un film en état d’apesanteur.
Indéniablement intéressant lorsqu’il évoque
la situation des noirs aux Etats-Unis par des images d’archive
choisies, où quand il raconte la vie terrible de ses
trois musiciens, Wenders est incapable de faire vivre ou vibrer
ce qu’il nous montre. À l’écran, les
scènes défilent et pour peu que votre nuit ait
été courte, vos paupières se font lourdes,
lourdes...
Les vieillards pétillants de vie du Buena Vista Social
Club apportaient au neurasthénique Wim une pèche
d’enfer. Ici, le blues basique de ses héros vous
rend tout chose. Allez ! Une tisane et au lit !
Pour la première fois de sa vie, le chroniqueur s’est
dit qu’il aurait préféré acheter
le DVD plutôt que de voir le film. Dans le DVD, on peut
penser qu’il y aura l’intégralité
des morceaux interprétés par Lou Reed et compagnie
(dans le film, nous avons droit à deux minutes maxi par
interprète). Dans le DVD, Wenders nous expliquera sûrement
ce qu’il a voulu faire. À défaut du DVD,
on peut acheter la bande originale du film. C’est franchement
sa valeur ajoutée.