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AMERICAN SPLENDOR

Un film américain de Robert Pulcini
et Shari Springler Berman
Avec Paul Giamatti
Harvey Pekar
et Hope Davis

Diaphana Distribution - 2003 - 1h41
AMERICAN GRAFFITI
Entre adaptation de bande dessinée, biographie et documentaire, American splendor est une œuvre inclassable sinon dans la rubrique "film culte".


Pour qui l’a lu, le synopsis d’American splendor semble annoncer quelque chose de farfelu : encore le genre de film écrit sous l’emprise d’une drogue semi-douce, probablement une sorte d’œuvre d’art et d’essai grand public, se dit-on, un scénario bizarre parlant d’un homme bizarre, passionné de BD et de jazz et vivant un peu dans son monde.

Poussant la curiosité plus loin, le novice se décide à jeter un œil sur le site officiel du film. Site-BD, BD-film, mais jusqu’où va aller la mascarade ? On clique frénétiquement sur des fragments de bande dessinée, des bulles surgissent, il est question d’Harvey Pekar, auteur, acteur, personnage, on ne sait plus, et d’American splendor, une BD, un film, et quoi d’autre encore !? La confusion est à son comble. Le mieux est sans doute d’aller voir ce qui se trame dans la version cinématographique.

Le quotidien en vedette

Alors voilà : American splendor - le film - est en fait un genre hybride certainement unique, issu du croisement entre l’adaptation de BD, la biographie et le documentaire.

Adaptation de BD, parce que des scènes entières ont été reprises, sinon inspirées, d’American splendor, la BD à succès qui fit vibrer l’Amérique des années 80, et qui mettait justement en scène cette même Amérique, celle des classes pauvre et moyenne, à travers le quotidien d’Harvey Pekar, un documentaliste à la vie terne, malgré sa passion pour les BD et les disques de jazz.

Biographie ensuite, car, en effet, ladite bande dessinée n’était autre qu’un recueil de tranches de vies, vécues par l’auteur - Harvey Pekar, « le vrai », pour ceux qui suivent. Il mettait donc en scène son propre personnage, sa femme, ses amis, ses rencontres, évoluant tous dans son vrai quartier, son supermarché ou encore son fast-food de prédilection. Pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, Pekar racontait ainsi les petits ou grands événements de sa vie, jusqu’aux moindres discussions entendues dans le bus, devenues géniales par le simple fait d’avoir été mises sur papier glacé.

Un film riche, sensible et drôle

Documentaire enfin, car narration, témoignages et commentaires sont la contribution d’Harvey Pekar en personne, complétés par ceux de sa femme Joyce, ou encore de son vieil ami Toby (à propos, je voudrais décerner à Toby le coup de cœur de la semaine, pour ce « nurd » vrai de vrai, franchement inoubliable ; comprenne qui aura vu le film). De vrais anciens extraits de l’émission présentée par M. Letterman, lorsqu’il invita à plusieurs reprises Harvey Pekar, ont même été habilement glissés dans le film.

Pour ceux qui suivent toujours et ne se sont pas encore emmêlé les Pekar, qu’on se le dise : le résultat est une œuvre très riche, pleine de sensibilité et d’humour, et empreinte de révoltes vaines : contre ce boulot nul de documentaliste, contre ce monde impitoyable où l’on ne peut même pas vivre de son art, succès ou pas succès. Révolte contre ces médias qui vous exploitent en tant que (fausse) emblème du comique ou du ringard, révolte encore lorsque l’on se fait plaquer par sa femme sous prétexte d’un mode de vie trop « plébéien »… Un homme simple, drôle et passionné qui nous laisse entrer dans son univers, sans faux ni usage de faux, ce n’est pas tous les jours. Et quand en plus on en ressort content, c’est encore plus rare.


Fabienne Simon-Jean
© Jowebzine.com - Octobre 2003
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