Un film anglais de Richard Eyre
Avec Rupert Everett
Billy Crudup
Claire Danes
et Tom Wilkinson
Haut et Court - 2005 - 1h47
Quand
un metteur en scène de théâtre se pique
de passer derrière la caméra… c'est pour
tourner un film sur le théâtre ! En l'occurrence
une belle histoire qui remonte à 1660.
Dans l'Angleterre du XVIIe siècle, les femmes n'ont pas
le droit de jouer sur une scène de théâtre.
Ce sont des hommes qui tiennent leurs rôles et, parmi
eux, Ned Kynaston est l'un des plus célèbres.
Pourtant, Maria, son habilleuse, rêve de devenir comédienne
et joue d'ailleurs en secret dans une petite compagnie. Pourtant
la rumeur arrive jusqu'aux oreilles du roi qui décide,
contre toute attente, d'abolir cette interdiction. Dès
lors, la guerre est ouverte entre l'acteur déchu et celle
qu'il considère comme une usurpatrice.
Film en costume s'il en est, Stage beauty reconstitue, au travers
d'une amusante anecdote, un Londres obscur et froid, mais bouillonnant
d'une intense activité intellectuelle, avec Othello en
toile de fond.
Mais Stage beauty est surtout l'occasion d'une réflexion
en profondeur sur ce qui, de son sexe ou de son talent fait
l'identité d'un acteur. Il n'y a pas de performance,
pour une femme, à jouer un rôle de femme, disent
les uns. Il n'y a pas de naturel possible quand un homme joue
le rôle d'une femme, répondent les autres. Belle
controverse qui sonne à nos oreilles comme les lointains
prémices de l'Actor's studio.
On apprécie à leur juste valeur les performances
de Claire Danes en première star du théâtre
"moderne" et Ruppert Everett en roi d'opérette
tout juste rentré d'un exil de vingt ans aux Pays-Bas.
On savoure quelques joute verbales savoureuses. On admire le
travail de reconstitution des décors. On applaudit à
une scène finale forte et subtile scellant la réconciliation
des deux ennemis… Et l'on se dit que, décidément,
Richard Eyre est bien un homme de théâtre. Avec
ses qualités (soin de l'image et de la mise en scène)
et ses défauts (une certaine propension à faire
déclamer ses acteurs).