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     CiNéMa
 
STRASS
 
Un film belge de Vincent Lanoo
 Avec Pierre Lekeux
Jérôme Lemaire
Carlo Ferrante
Lionel Bourguet
Hélène Ramet
et Florence Delobel
  
Mondo Films - 2002 - 1h30
Ce film belge atypique s’inscrit dans la lignée des œuvres qui se soumettent au Dogme, édicté en 1995 par Thomas Vinterberg à la sortie de Festen (lire, ci-dessous, le texte complet du Dogme) et auquel se sont conformés, à l’occasion, des réalisateurs aussi prestigieux que Lars Von Trier.

Ce Dogme prône notamment la recherche du "naturel" au détriment de tout artifice ou trucage habituel du cinéma. Le résultat visuel est donc une sorte de faux reportage "caméra à l’épaule", assez proche de Strip-tease, la célèbre émission belge de reportages non commentés. Assez proche également, dans son discours "énaurme", du légendaire C’est arrivé près de chez vous, de et avec Benoît Poelvoorde, véritable précurseur du genre (1992).

L’action se concentre ici dans une école de théâtre où Pierre Radowski, professeur assez particulier, y applique sa méthode révolutionnaire dite de la "pédagogie ouverte". Méthode qui a d’ailleurs permis à une star internationale d’émerger : le génial Léopold Gaëtan, vénéré ici comme une idole, au plein sens du terme. Seulement voilà, l’intrusion dans cette école d’une équipe de télévision venue réaliser un reportage sur les méthodes de ce professeur pas comme les autres nous fait découvrir un univers totalement braque.

Pierre Radowski est manifestement fou. Fou, mais également mythomane et obsédé sexuel. Les autres professeurs de l’école le détestent cordialement (et il le leur rend bien). Il martyrise ses élèves à longueur de cours : insultes pour les garçons, tripotages pour les filles (et plus si pétage de plombs !). Et le Directeur, au milieu de la tempête gère le naufrage de ce Titanic théâtral !

D’abord décontenancé, le spectateur (qui ne quitte pas la salle) se prend vite au jeu de l’excellent Pierre Lekeux et à l’absence apparente de mise en scène. La spirale infernale faite d’affrontements et de clash permanents nous entraîne, et les élèves de ce cours très particulier avec, vers la catastrophe annoncée. Pour cette classe livrée au despotisme halluciné d’un professeur totalement barré, la débâcle artistique et morale est au bout du chemin.

De délire verbal en hurlements hystériques, d’engueulades homériques en silences pesants, Strass nous montre, à sa manière, une facette du 7e art moins glamour qu’à l’accoutumée. Si l’on est prêt à accepter les conventions de ce type de cinéma, le résultat de ce nouvel avatar du Dogme est finalement plutôt jubilatoire et mérite largement le détour.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Août 2002



Le Dogme
Je jure de me soumettre aux règles suivantes, étudiées et confirmées par Dogme 95 :
1. Le tournage doit avoir lieu en extérieurs. Accessoires et décors ne peuvent être fournis si un accessoire particulier est nécessaire à l’histoire, il faut choisir un des extérieurs où se trouve cet accessoire.
2. Le son ne doit jamais être produit séparément des images vice-versa. Il ne faut pas utiliser de musique, sauf si elle est présente là où la scène est tournée.
3. La caméra doit être tenue à l’épaule. Tout mouvement - ou immobilité - faisable à l’épaule est autorisé. Le film ne doit pas avoir lieu là où la caméra est placée. C’est le tournage qui doit avoir lieu là où le film a lieu.
4. Le film doit être en couleur. L’éclairage spécial n’est pas acceptable. S’il y a trop peu de lumière, la scène doit être coupée, ou bien il faut monter une seule lampe sur la caméra.
5. Trucages et filtres sont interdits.
6. Le film ne doit contenir aucune action superficielle. Meurtres, armes etc. en aucun cas.
7. Les aliénations temporelles et géographiques sont interdites (c’est-à-dire que le film a lieu ici et maintenant).
8. Les films de genre sont inacceptables.
9. Le format du film doit être un 35 mm standard.
10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.
De plus, je jure comme réalisateur de m’abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m’abstenir de créer une "œuvre", car je considère l’instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l’action. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques.
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