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     CiNéMa
 
SWEET SIXTEEN

Un film anglais de Ken Loach
Avec Martin Compston
Michelle Coulter
Annmarie Fulton
et William Ruane
 
Diaphana - 2002 - 1h46
On attend toujours le nouveau Ken Loach avec une impatience curieuse et militante : à quelle question de société va-t-il s’attaquer cette fois-ci ? On a encore en tête The navigators, l’année dernière, dans lequel il démontrait l’absurdité et les conséquences dramatiques de la privatisation des chemins de fer en Grande Bretagne. Proche du style documentaire, ce film montrait les limites de ce type de travail dans un cadre artistique.

Avec Sweet sixteen, il revient à une production cinématographique plus classique dans laquelle la fiction est revendiquée comme telle. Présenté à Cannes au mois de mai dernier, il y a obtenu le Prix du Scénario. Avec ce film, Ken Loach ne tombe jamais dans la simplification réductrice. Pas de héros positif, juste un jeune garçon qui se débat dans un monde dur, entre une famille absente, la tentation de l’argent facile et le rêve d’un futur paisible loin de la noirceur du monde.

Liam a 15 ans, a quitté l’école et traficote en vendant des cigarettes de contrebande dans les bars. Son rêve : faire une nouvelle vie à sa mère quand elle sortira de prison dans quelques mois. La tirer des griffes de son beau-père qui se sert d’elle pour ses trafics de drogue. Trouver un coin tranquille pour y vivre avec elle, loin des tentations, loin de ce monde qui ne tourne plus rond. Mais de fil en aiguille, pour gagner plus d’argent et par la même cette indépendance qu’il veut offrir à sa mère, Liam est pris dans une spirale qui l’amènera à commettre l’irréparable. Et comme le casting est parfait, on suit avec angoisse et malaise Martin Compston, jeune acteur admirable de naturel et de sincérité, dans sa descente aux enfers de la délinquance.

Noirceur extrême, donc, pour ce Sweet sixteen rythmé par les standards des Pretenders. No future revendiquaient les punks il y a 25 ans. Rien n’a changé pour les classes laborieuses de cette Grande-Bretagne ultra-libérale. Dans son petit coin d’Ecosse (le film a été tourné dans la ville de Greenock), la vie de Liam et de ses copains est dans la rue. Phénomène finalement assez habituel dans cette région, et en Angleterre en général. D’après un rapport récent, près de 40 000 enfants sont chaque année renvoyés des établissements scolaires en Ecosse. La proportion de parents mineurs y est la plus élevée d’Europe, et 100 000 enfants connaissent la violence dans leur foyer...

Pourtant, au-delà du thème, le film en lui-même est une vraie réussite. Admirable de maîtrise dans sa mise en scène, son rythme et son interprétation, il fonctionne parfaitement en recréant ce malaise palpable qui est le quotidien du jeune Liam. Un bon film qui dérange : il n’y a plus beaucoup de metteurs en scène qui savent réussir ce tour de force.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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