LE
RETOUR DE PIGNON
La nouvelle réalisation de Francis Veber met en scène
deux monstres du cinéma français, Reno/Depardieu,
pour un résultat à la hauteur de nos espérances.
Muré dans son silence, Ruby, gangster froid et solitaire,
ne cultive que l’espoir de pouvoir tuer l’homme
qui a commandité l’assassinat de sa jeune compagne.
Rien ne peut le faire parler. Quentin, benêt digne du
Guinness Book, n’est devenu bandit que par la nécessité
de survivre. La prison sera le lieu de leur rencontre, inopinée
ou forcée, mais le gentil Quentin pourra-t-il arrêter
la détermination vengeresse de Ruby ?
Depardieu, le nouveau François Pignon ?
Cher à Veber, le mythique personnage de François
Pignon revient sur les écrans. Le décrire serait
une hérésie puisqu’il y a autant de traits
de caractère que d’acteurs qui ont endossé
ce personnage.
Nous retiendrons tout de même l’impertinence
de Jacques Brel (L’emmerdeur - 1973), la maladresse
touchante mais exaspérante de Pierre Richard (Le grand
blond avec une chaussure noire - 1972, La chèvre -
1981, Les Compères - 1983, Les Fugitifs - 1986), la
stupidité écrasante de l’excellentissime
Jacques Villeret (Le Dîner de cons - 1998) et la gentillesse
légendaire de Daniel Auteuil (Le Placard - 2001).
Fort de toutes ces apparitions, le personnage a évolué
et donne aujourd’hui Quentin, de Montargis. Savant mélange
d’humour, de tendresse et de crétinerie, Gérard
Depardieu surprend dans son interprétation, mais quelques
instants lui suffisent pour qu’il crève l’écran,
face à un Jean Reno contrebalancier de l’humour
du film, à la hauteur de la prestation de son comparse.
Une mécanique bien rôdée
L’erreur de Veber est de croire que l’interprétation
du duo (réunis pour la première fois à
l’écran) porterait Tais toi ! dans les hautes
sphères de la comédie à la française.
La faiblesse du scénario se ressent fortement dans
la seconde partie du film, où d’excellents gags
et des dialogues irrésistibles masquent mal les lourdeurs
de l’intrigue.
Cependant, la mécanique extrêmement bien rôdée
de Veber donne la fluidité nécessaire à
l’amusement du spectateur, du sourire au coin des lèvres
à l’éclat de rire. Une heure trente de
bonheur et de rire : qui serait assez benêt pour ne
pas en profiter ? Quentin, de Montargis ? Pas vous, en tout
cas !
Dinesh Singh
© Jowebzine.com - Octobre 2003
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