Un film français de André Téchiné
Avec Gérard Depardieu
Catherine Deneuve
Gilbert Melki
Malik Zidi
Lubna Azabal
Gemini Film - 2004 - 1h38
Encensé
par la critique, à l'évidence le nouveau film
de Téchiné ne présente pas toutes les qualités
qui lui sont attribuées dans la presse. Elitisme, snobisme,
copinage ?
Prenez un film réunissant deux monstres sacrés
du cinéma français, Catherine Deneuve et Gérard
Depardieu, filmés par la caméra d'André
Téchiné. Ajoutez un scénario à l'eau
de rose (ils se sont aimés dans leur jeunesse, ils ont
fait leur vie chacun de leur côté, il tente de
la reconquérir trente ans plus tard)… Et vous obtenez
une critique unanime et dithyrambique : Les temps qui changent
est le film de l'année ! Les Inrockuptibles n'ont pas
trop de quatre pages pour encenser le génie des trois
stars, Télérama fait faire des galipettes hystériques
à son pauvre petit Ulysse qui n'en demandait pas tant,
Le Point et l'Humanité, pour une fois réconciliés,
rivalisent d'éloges… et le reste de la presse à
l'avenant…
Prenez un cinéphile assidu, doté d'un cerveau
et d'une sensibilité respectables, toujours à
la recherche de films de qualité, de ceux qui ne prennent
pas ouvertement leur public pour un tas de demeurés tout
juste bon à consommer sans réfléchir ce
que la machine commerciale leur vend (très cher).
Mettez-les en présence l'un de l'autre (le film et le
cinéphile… faut suivre un peu !) dans une salle
obscure et observez. Que pensez-vous qu'il advient ? Un sourire
béat de contentement du cinéphile, reconnaissant
que l'on s'adresse enfin à son intelligence ? Erreur.
C'est plutôt une moue incrédule qui se dessine
sur son visage. Mais "écoutons-le" penser :
"Voyons voir, se dit-il, je ne me suis pas trompé
de salle puisque ce sont bien les acteurs attendus qui s'agitent
à l'écran… Encore qu'il faille une sérieuse
dose de bonne volonté pour reconnaître Catherine
Deneuve sous ce masque figé dans un rictus dédaigneux…
Paralysie faciale ou… (réponse B). Et Depardieu,
en gros ours mal léché au comportement de pré-adolescent
énamouré de sa prof de français…
Et ces histoires parallèles qui viennent occuper le terrain
pour donner à réfléchir : le fils est gay,
le mari volage, la fiancée junkie et la sœur musulmane
intégriste… Il est fort Téchiné :
tous les problèmes de société dans un même
film ! Et comme si ça ne suffisait pas, on a même
droit à un remake de Parle avec elle dans les dix dernières
minutes ! Oh là là, je sais pas c'que j'ai mais
je crois que je vais vomir…"
Voilà, nous pouvons maintenant rallumer les lumières.
Il semble que le test soit concluant et que l'on puisse avancer
deux hypothèses. La première est que le cerveau
et la sensibilité du cinéphile cobaye ne sont
pas au niveau attendu et que tant de talent lui est passé
à cent lieues au-dessus du cortex (et du multiplex qu'il
fréquente, d'ailleurs, à en juger par les mines
déconfites de ses voisins de fauteuil). La seconde est
qu'André Téchiné et ses acteurs bénéficient
auprès de la critique d'une sorte d'aura qui, si l'on
n'avait pas tant de respect pour cette profession, pourrait
nous pousser à imaginer qu'elle confine au snobisme…
Dans les deux cas, le même enseignement est à tirer
de cette amusante expérience : Les temps qui changent
est un film dispensable. N'y allez pas.