Un film français de François Ozon
Avec Melvil Poupaud
Jeanne Moreau
Valeria Bruni-Tedeschi
et Daniel Duval
2005 - 1h25
Huitième
film de François Ozon et confirmation d’un sans-faute
rarissime.
À force de passer sous silence ce qui semble être
une évidence, on finit par perdre de vue que François
Ozon construit, depuis 1997 et Sitcom, son premier long-métrage,
une filmographie exemplaire qui n’a déjà
plus beaucoup d’équivalent dans le cinéma
français. Malgré un rythme exigeant (un film par
an depuis 2000), il aligne les petits chef-d’œuvres
avec la régularité d’un métronome
: Gouttes d'eau sur pierres brûlantes en 2000, Sous le
sable en 2001, 8
femmes en 2002, Swimming
pool en 2003 et 5x2
l’année dernière !
Caractéristique commune à cette impressionnante
série : un amour immodéré pour les actrices,
au premier rang desquelles Charlotte Rampling, Valeria Bruni-Tedeschi,
Ludivine Sagnier… et toutes les autres grâce à
un 8 femmes d’anthologie ! Il ne manquait guère
que Jeanne Moreau à son "actif"… oubli
désormais réparé.
Et pourtant, pour la première fois François Ozon
s’est choisi un acteur pour personnage principal, Melvil
Poupaud (Romain dans le film), prenant toutefois soin d’afficher
son homosexualité, comme pour éviter une transition
trop brutale. D’autant que Romain est atteint d’un
cancer généralisé et que ses jours sont
comptés.
Sans aucune théâtralité ni effusion sentimentale,
François Ozon entreprend de suivre le cheminement vers
le néant de ce personnage condamné. Et il réussit
l’exploit de nous faire ressentir physiquement la peur
de mourir de Romain, sans jamais céder aux bons sentiments
ni au pathos. Au contraire, son personnage est rarement sympathique,
souvent odieux même, mais pourtant irrésistiblement
attachant.
On ressort de ce film d’autant plus bouleversé
que ce drame froid et sec n’essaie jamais de tricher avec
le spectateur, lui livrant au contraire une réalité
dure et implacable. Un très beau travail de cinéaste
sensible et intelligent.