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     CiNéMa
 
TIDELAND

Un film américain de Terry Gilliam
Avec Jodelle Ferland
Brendan Fletcher
Janet McTeer
Jennifer Tilly
et Jeff Bridges

Bac Films - 2006 - 1h57
Alice au pays des freaks aurait sans doute constitué un titre parfaitement adapté si Terry Gilliam n’avait préféré laisser à son nouveau film celui du roman de Mitch Cullin dont il est tiré.


Il aurait aussi pu choisir Drôle d’endroit pour une rencontre. Pour plusieurs rencontres, même. D’abord celle d’un écrivain fan de l’ancien Monthy Python qui décide de lui envoyer son manuscrit dans l’espoir d’une préface élogieuse. On connaît la suite…

Surtout celle d’un réalisateur hors du commun et d’une actrice de la même eau : Jodelle Ferland, 10 ans, interprète principale (et essentielle) d’un conte de fée pour adulte qu’elle porte entièrement sur ses petites épaules.

Car, avant toute chose, Tideland est bien un conte de fée d’un genre particulier, faisant se rencontrer l’Alice délurée d’un Lewis Carroll sous acide et le Norman Bates psychotique d’un Sir Alfred déjanté.

Des parents camés qui ne tardent pas à claquer, "victimes" des fix pourtant amoureusement préparés et administrés par leur adorable petite Jeliza-Rose. Une enfant isolée dans une maison délabrée au milieu d’une prairie sans fin, avec trois têtes de poupées (dont une monstrueusement mutilée) pour seules compagnes. Des voisins aussi inquiétants qu’imprévisibles (une sœur borgne foldingue et un frère épileptique demeuré). Ajoutez un écureuil baladeur, un corps décomposé puis artisanalement momifié, un secret explosif jalousement gardé… et vous avez les ingrédients d’un univers purement gilliamesque, labyrinthe mental inextricable, dont vous ne trouverez pas l’issue avant que le grand Terry, bon prince, ne vous la serve sur un plateau dans un final qui mêle catastrophe et renaissance…

Pourtant, tout cela ne serait rien sans l’univers esthétique minutieux, précis jusqu’à la folie, d’un réalisateur "habité". Tout comme est "habité" son personnage principal, la sublime Jeliza-Rose, qui, entre imaginaire enfantin débridé et aliénation mentale, traverse les deux heures de Tideland comme une funambule miraculeuse, en équilibre sur le fragile fil de la vie. Tombera, tombera pas ?

On sort bouleversé de Tideland. Au point que d’étranges pensées vous traversent inévitablement l’esprit, que le grand soleil peine à dissiper. Mais c’est déjà une autre histoire, personnelle, que je ne vous conterai pas ici…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Juillet 2006
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