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LA TOURNEUSE DE PAGES

Un film français de Denis Dercourt
Avec Catherine Frot
Déborah François
et Pascal Greggory

Diaphana Films - 2006 - 1h25
Chi va piano, va salaud…


Certaines affiches vendent mieux leur film que d’autres. Certaines valent même tous les pitchs du monde. Celle de La tourneuse de pages est donc une double rareté, presque une anomalie. Coincé dans sa voiture devant un kiosque à journaux ou le nez dans une 4 par 3 Jean-Claude Decaux, on ne peut qu’être séduit par cette photo sensuelle et inquiétante. En bref, on sent bien que la Catherine Frot ferait bien de se méfier : celle à qui elle tourne le dos n’a pas l’air de la porter vraiment dans son cœur. On comprend que la tourneuse aura vite fait de se transformer en fraiseuse à la première occasion mais on n’en connaît pas encore la raison.

Assez rapidement, on sait pourquoi la petite est tendue comme une corde de piano. Jeune ado, elle avait vu sa carrière de pianiste stoppée nette par sa présidente de jury, Frot (sic). À ce moment-là du film, on se dit : "c’est bon, je connais la suite du morceau : la petite va lui régaler les phalanges avec le clapet du piano, lui sabrer sa carrière à son premier CPE de tourneuse de pages et l’étrangler dans les arrêts de jeu avec la corde de son engin." Et bien, c’est tout faux car rien ne se passe comme on l’imagine. Tout est beaucoup plus subtil. Et après le prétexte des retrouvailles somme toute banales, l’ado devenue jeune femme qui se fait employer comme nounou chez sa briseuse de rêve, tout bascule… à une allure totalement contrôlée. À coups de punition mais surtout de suggestions.

Oui, il y a de la patience et de l’intelligence dans cette revanche. Tout comme il y a du thriller hitchcockien dans cette symphonie superbement maîtrisée de Denis Dercourt, ancien alto-solo de l’Orchestre Symphonique Français. Le film se tend par instant pour retomber "ma non tropo" dans une lenteur jamais pénible, toujours calculée. On s’attend à un règlement sans équivoque de la grande par la petite, voire à un carnage de fin Chabrolien. On a droit à une mise à sang à petit feu, un KO technique aux sentiments. Incroyablement violent sans jamais l’être.

Et c’est joué à la perfection : Catherine Frot élargit encore son registre (cinématograhique), Pascal Greggory a toujours plus de gueule et Déborah François, déjà virtuose dans L’enfant des frères Dardenne, fait tourner en bourrique Catherine Frot comme elle nous fait tourner la tête.

Ceci dit, j’en ai parlé avec ma moitié, pour les enfants cette année, une nounou comme ça, c’est gentil mais non merci.


François Zerhat
© Jowebzine.com - Août 2006
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