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     CiNéMa
 
TURNING GATE

Un film coréen de Hong Sang-soo
Avec Kim Sang-Kyung
Ye Ji-Won
Chu Sang-Mi
Et Kim Hak-Sun

MK2 Distribution - 2004 - 1h55
Prenez votre temps et découvrez un cinéaste Coréen qui nous montre des personnes qui boivent, qui aiment, qui font l’amour et qui s’ennuient. Nos semblables, nos frères.


Si votre cinéaste préféré est Mathieu Kassovitz et si votre œuvre de chevet est Les rivières pourpres, vous risquez fort de confondre Turning gate, le film coréen de Hong Sang-Soo avec une cure de sommeil dans une clinique asiatique.

En effet, autant prévenir les adeptes de rythme effréné et de montagnes russes, Turning gate est un film qui prend son temps et qui réclame la totale attention du spectateur.

Gyung-Soo est un comédien d’une trentaine d’années. Son dernier film est un échec que son réalisateur lui impute. Pour se changer les idées, il part en province, à l’invitation d’un vieux copain. Là, entre beuveries et promenades diverses, il rencontrera une danseuse qui tombera amoureuse de lui. Mais lui, ne ressentant rien pour elle, repartira à Séoul.

Arroseur arrosé, il rencontrera dans le train du retour, une jeune femme dont il tombera amoureux mais qui le laissera tomber. Tel est pris qui croyait prendre, comme on dirait dans nos contrées.

L’aventure de Gyung-Soo ramène à la légende de la porte tournante (turning gate) selon laquelle un roturier aimait la fille d’un empereur. L’empereur le fit décapiter et il se réincarna en serpent, enserrant le cou de la princesse jusqu’à l’étouffer. Pour s’en débarrasser, celle-ci dut aller dans un temple et laisser le serpent à la porte tout en lui promettant de revenir.

Cette légende se retrouve en filigrane dans le film. Elle permet de lire les aventures du comédien à travers un prisme mythologique.

En fait, ce film signe la rencontre improbable de John Cassavetes et d’Eric Rohmer. L’un apporte au film son sens de la déambulation, de l’ennui et de la déglingue. L’autre apporte son ironie aux dépens des personnages, son humour et sa référence aux récits classiques.

Gyung-Soo est un pantin auquel nous nous attachons. Le récit, malgré sa lenteur, capte notre attention car nous découvrons un pays, une manière d’être que nous ignorons. Ce qui peut fasciner est un mélange de poésie et de crudité.

Des êtres imparfaits se croisent dans un pays urbanisé où parfois la nature est magnifique.
Et là, nous atteignons un domaine où chacun peut-être intéressé.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Février 2004
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