Un film français de Emmanuel Mouret
Avec Veroushka Knoge
Isabelle Pirès
Julien Imbert
et Frédéric Niedermayer
Shellac - 2004 - 1h20
La
fable de La Fontaine, le lièvre et la tortue, transposée
sous le soleil de Marseille, dans un petit film délicieux
et avec deux actrices loin des canons en vogue.
Le dernier film d’Emmanuel Mouret ne raconte pas l’histoire
d’agents secrets chargés de sauver le monde. On
n’y retrouve ni Eric et Ramzy, ni Titoff. Et c’est
donc d’une bénédiction qu’il s’agit.
Pensez donc. Fleur une jeune fille douce et timide part en vacances
dans sa famille à Marseille. Elle vit dans une maison
vide et rencontre Venus, une russe extravertie qui sort tout
juste d’un chagrin d’amour express. Les deux jeunes
filles vont passer quelques jours ensemble, se lier d’amitié,
apprendre à se connaître et… partir en quête
des garçons.
Emmanuel Mouret a déjà réalisé un
moyen et un long-métrage qui avaient un défaut
majeur : il jouait dedans. Si l’homme s’avère
un réalisateur subtil, il faut reconnaître qu’en
tant qu’acteur, il donne furieusement envie de lui retourner
une paire de claque. Il est agaçant et joue faux.
Jouer faux, cela étant, est une spécialité
française que l’on retrouve ici. Jouer faux consiste
à jouer "décalé" en alignant
des sentences littéraires. Dans certains films, cela
s’avère rédhibitoire. Mais pas dans Vénus
et Fleur. Pourquoi donc ?
Parce qu’Emmanuel Mouret a composé un petit apologue
sous influence de Rohmer mais également proche dans l’esprit
de Marivaux ou Musset. C’est-à-dire ce que l’esprit
français produit de mieux en termes de cruauté
et de subtilité.
Sa mise en scène est d’une simplicité linéaire.
Il compose son plan et met les acteurs dedans. Pas d’esbroufe.
Aucune tentation à la Orson Welles. Il prend son temps
et nous embarque corps et âme dans ce qu’il raconte.
Et puis les acteurs (sauf celui qui joue le Parisien) ne sont
pas calibrés. Ils ne sont ni beaux ni laids, ils ont
tout simplement le charme qui transcende la régularité
des traits.
Prenez Isabelle Pirès (qui n’est pas la sœur
de Robert) par exemple. Sa lente transformation nous émeut
et son physique de vénus callipyge nous rappelle combien
les rondeurs sont émouvantes dans un corps de femme.
Alors ? Si vous avez envie de voir un film d’Eric Rohmer
filmé au pays de Marius et Jeannette… Si vous aimez
la légèreté qui ne pèse, ni ne pose,
ce film vous fera passer mieux qu’un agréable moment.
Mais je vous en prie, n’étouffez pas la créativité
de Monsieur Mouret, il n’a pas réalisé un
chef d’œuvre. Juste une belle œuvre sensible
d’artisan, un conte moral. Par les temps qui courent (et
galopent), ca n’est pas si mal !