Un film anglais de Mike Leigh
Avec Imelda Staunton
Phil Davis
Alex Kelly
Daniel Mays
et Richard Graham
Mars Distribution - 2005 - 2h05
Un
sujet lourd (l'avortement clandestin dans l'Angleterre des années
50), mais un traitement intelligent et sensible de Mike Leigh
pour un film dense dont on ne ressort pas indemne.
Londres, 1950. Vera Drake est femme de ménage et mène
une existence modeste mais heureuse avec Stan, son mari mécanicien,
et leurs deux enfants : Sid, apprenti tailleur et Ethel, ouvrière
dans une usine d'ampoules électriques. Vera Drake est
une petite femme grise mais enjouée, toujours en mouvement,
toujours prête à rendre service et à venir
en aide à son prochain. Au point de mener une existence
parallèle qui la fait aider des jeunes femmes à
avorter. Pas pour l'argent. Vera fait ça de manière
tout à fait désintéressée, simplement
parce qu'elle n'imagine pas de les abandonner dans la détresse
d'une grossesse non-désirée. Jusqu'au jour où
l'opération se passe mal et où l'une de ses patientes
est hospitalisée dans un état grave. La police
est prévenue, enquête et appréhende rapidement
une Vera Drake effondrée.
Lion d'Or à Venise en septembre dernier, Prix de la Meilleure
Actrice pour Imelda Staunton, Vera Drake n'a pas manqué
de distinctions depuis sa sortie, et ça n'est que justice
au regard du travail cinématographique social et militant
de Mike Leigh. Comme toujours avec lui, on est loin des paillettes
glamour du septième art, mais tout proche de la vie des
"petites gens". Il est facile, dès lors, de
pointer un manque de souffle épique ou d'innovation picturale,
un discours manichéen ou un excès de pathos. Mais
après tout, pourquoi la misère humaine devrait-elle
être "légère" ? Pourquoi l'évocation
des drames personnels devraient-ils être s'assortis de
prouesses de style ?
On sera plus attentif au propos de Mike Leigh qui, s'il évite
tout simplisme ou engagement outrancier, n'en donne pas moins
à comprendre une époque (l'immédiate après-guerre),
un rapport de classe et une morale sélective qui ne s'énonce
pas de la même manière selon son milieu social.
Tout en retenue et en non-dit, soutenu par une poignée
d'acteurs formidables à commencer par une émouvante
Imelda Staunton, il délivre un témoignage de plus
sur cette Angleterre éternelle qui ne ressemble ni aux
gesticulations royales des magazines, ni aux "bridgetjonesseries"
yuppies des golden girls de la City. On ne sort pas indemne
de la salle, mais on n'en est pas moins reconnaissant de tant
de rigueur et de dignité.