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LA VIE EST UN MIRACLE

Un film serbe de Emir Kusturica
Avec Slavko Stimac
Natasa Solak
Vuk Kostic
et Vesna Trivalic

2004 - 2h34
Oublié au palmarès du Festival de Cannes, La vie est un miracle n’en est pas moins un grand film où les hommes sont des pantins et où l’amour est plus que jamais la seule chose qui rende humain.


Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il serait injurieux de prétendre qu’Emir Kusturica n’est pas un authentique cinéaste, un de ceux dont on reconnaît les films dès les premiers plans, grâce à l’utilisation de la musique ou la manière de filmer. À la vision de La vie est un miracle, son dernier film, on constate que l’artiste a déjà bâti une œuvre considérable.

De même, les reproches sporadiques que lui font les intellectuels français d’être pro-serbes semblent exagérés. Kusturica décrit le monde tel qu’il le perçoit. Pour lui, la guerre est une pantalonnade cruelle rendue possible par la bêtise des hommes. Ce n’est pas pour rien qu’il fait une allusion très drôle à Shakespeare au début du film. Le fait que l’Histoire soit un conte plein de bruit et de fureur, raconté par un idiot doit être un présupposé chez les deux créateurs.

Luka est chef de gare, dans une toute petite gare proche de la Serbie. Il est également ingénieur et flûtiste dans une fanfare. Il a une femme cantatrice névrosée. Il a également un fils Milos dont le rêve est d’intégrer l’équipe de football des Partizan de Belgrade. Tout ce petit monde vit une existence truculente et déjantée jusqu’à ce qu’arrive la guerre. Milos est appelé sous les drapeaux et la femme de Luka disparaît avec un musicien hongrois.

Quand Luka apprend que Milos a été fait prisonnier par les Serbes, il devient fou de douleur. Un soir, on lui amène une infirmière serbe et musulmane qui doit servir de monnaie d’échange pour faire libérer Milos. Voilà que le paisible Luka se retrouve avec un otage sur les bras, charmante blonde, qui plus est.

À ce moment de l'histoire, il reste encore une heure et demie de film et nous basculons peu à peu dans le merveilleux, à tous les sens du terme.
La vie est un miracle est une pierre angulaire de l’œuvre de Kusturica. Il n’a rien tourné depuis plusieurs années. On dit même qu’il a failli abandonner le cinéma. Le début du film fait penser à Papa est en voyage d’affaires dans sa description d’une communauté délirante. Le début de la guerre nous rappelle Underground, dans l’absurdité.

Et puis apparaît Sabaha, l’infirmière, bien en chair, et Kusturica nous balance au visage des instants purement cinématographiques d’une beauté insensée : des errements dans la neige, un lit qui vole, un âne victime d’un chagrin d’amour et qui protège les amoureux. Ne mégotons pas : la dernière heure du film est d’un lyrisme qui vous donne envie de tomber amoureux, ou mieux, d’être aimé pour ce que l’on est au fond, mais qu’on a peur de dévoiler.

On peut alors regretter que le film ait mis un peu de temps avant de s’emballer. Mais, entre nous, mieux vaut un film qui commence gentiment et se termine en apothéose plutôt que le contraire.
Si vous aimez être entraîné dans une folle sarabande et être hissé sur les sommets, alors La vie est un miracle et vous le partagerez avec un Fellini des Carpates.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mai 2004
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