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     CiNéMa
 
VOLVER

Un film espagnol de Pedro Almodovar
Avec Penelope Cruz
Carmen Maura
Yohana Cobo
et Lola Duenas

Pathé - 2006 - 2h01
C'est un rendez-vous toujours attendu par le cinéphile. Un film de Pedro Almodovar prend souvent des allures d'événement. Depuis Attache-moi, l'univers baroque et coloré de l'Espagnol continue de fasciner les spectateurs du vieux continent. S'intéressant cette fois ci au thème du retour, Almodovar retrouve toutes les vertus qui ont fait sa réputation.


Ainsi, c'est le retour du responsable de Tout sur ma Mère. La mauvaise éducation, le précédent film était d'une noirceur quasi dérangeante et Volver, en quelques plans, renoue avec toutes les bizarreries qui font le charme de son cinéma. Le quotidien est transcendé par une mise en scène précise et piquante. Almodovar s'intéresse de nouveau aux femmes du peuple, toujours courageuses et victimes jamais vaincues.

C'est le moment de parler de Penelope Cruz. L'actrice, découverte dans Jambon Jambon, devenait une gentille icône hollywoodienne se compromettant dans des produits de consommation sans envergure (Gothika, Sahara, Bandidas). Star, elle semblait condamnée aux pages people et aux campagnes de publicité pour des cosmétiques. Or, elle est tout simplement incroyable dans le rôle de Raimunda, femme décidée et impétueuse, qui revit malgré le meurtre de son macho de mari et le retour inexpliqué de sa mère, morte depuis des années.

Le scénario est un mélo décomplexé, qui pourrait être celui d'un soap s'il n'y avait pas toute l'intelligence du cinéaste ibérique. Là encore, c'est le retour de toute l'originalité d'Almodovar. Plus c'est énorme, plus l'émotion est juste. En retournant vers des histoires de femmes, le sens mélodramatique tourne à plein régime et au fil des péripéties, le portrait de plusieurs générations de femmes se révèle touchant. Il sait observer avec sensibilité les détails : un regard, un geste, une parole. Cela contrebalance automatiquement avec l'excès d'un scénario assez abracadabrant.

Mais la fantaisie permet l'équilibre entre le mélodrame et la représentation piquante du quotidien espagnol. Cela permet un magnifique hommage aux femmes. Les putes. Les mères. Les filles. Les sœurs. Les épouses. C'est un hommage à la féminité. Parfois drôle. Souvent émouvant.

Hélas, c'est aussi le retour de l'institution Pedro Almodovar. Il faut donc le passage musical obligatoire. Certes la musique est superbe, mais ça ressemble sérieusement à une autocitation. Il faut aussi une attaque en règles contre la télévision. Almodovar s'en prend sans ménagement à la télé-réalité. Mais c'est complètement hors de propos, très loin des pérégrinations de Raimunda. La mauvaise éducation était une surprise. Volver revient vers ce qui a fait la gloire d'Almodovar. C'est de la qualité, mais calibrée, pesée et peut être appliquée mécaniquement.

Il ne faut pas bouder son plaisir : Volver est un beau moment de cinéma. Le titre du film se traduit par "revenir" : Almodovar revient à ce qu'il sait faire de mieux, parler des femmes. Le retour est gagnant !


Pierre Loosdregt
© Jowebzine.com - Mai 2006
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