Un film américain de James Mangold
Avec Joaquin Phoenix
et Reese Witherspoon
Twentieth Century Fox - 2006 - 2h16
Loin
d’être un biopic de plus, Walk the line est un film particulièrement
réussi qui ressuscite un immense artiste trop peu connu dans
nos contrées.
Vu de ce côté de l’Atlantique, on n’a qu’une
très vague idée de ce que Johnny Cash peut représenter
pour les Américains. À peine connu ici, il est là-bas
une sorte d’idole absolue, icône d’une nation, modèle
transgénérationnel et transculturel. Autant dire que
s’attaquer au biopic d’un tel monstre sacré était
un sacré défi. À commencer par la nécessité
de dénicher l’oiseau rare capable d’afficher une
ressemblance physique avec l’original et d’en incarner
l’esprit. Première réussite de Walk the line,
le choix d’un Joaquin Phoenix que l’on savait depuis longtemps
brillant acteur, mais que l’on découvre ici véritable
double (certains plans, certaines scènes sont tout à
fait troublants) du man in black.
Mais comme l’entreprise était décidément
placée sous la protection de l’esprit du chanteur décédé
en septembre 2003 (lire
l’hommage de Jowebzine.com), James Mangold a aussi eu le
bonheur de pouvoir compter, pour le rôle de June Carter - la
muse et l’épouse de Johnny Cash -, sur l’actrice
qui monte à Hollywood : Reese Witherspoon. Terminés
les rôles de blonde un peu idiote qui l’ont propulsé
au sommet du box-office et en ont fait l’une des actrices les
plus "banquables" du cinéma américain : désormais
elle est brune et irradie le film de tout son talent, au point de
voler plus d’une fois la vedette à un Joaquin Phoenix
pourtant remarquable.
Pour le reste, pas de surprise : puisqu’il s’agit de raconter
la vie de Johnny Cash jusqu’à la fin des années
60, on peut considérer que le scénario est virtuellement
signé par le chanteur lui-même, par ailleurs auteur de
deux autobiographies (The man in black et Cash : an autobiography)
dans lesquelles il a suffi d’aller chercher toutes les informations
nécessaires.
Et James Mangold ne s’est pas gêné, trop heureux
d’y puiser la matière d’une histoire édifiante
comme l’Amérique (et le monde entier avec elle) les aime
tant : une enfance difficile (les Cash sont de pauvres métayers
exploitant des champs de coton dans l’Arkansas), un drame fondateur
(la mort accidentelle de son frère) et un père qui le
tient en piètre estime…
Pourtant, premier signe du destin, en choisissant de s’installer
à Memphis à son retour d’Allemagne où il
a effectué son service militaire, il se place intuitivement
"at the right place" : devant le studio Sun de Sam Phillips
qui lui fait enregistrer ses premières chansons et l’envoie
en tournée dans l’Amérique profonde en compagnie
d’Elvis Presley, Jerry Lee Lewis et autre Carl Perkins !
L’Histoire est en marche et il faudra attendre la période
noire de l’alcool et de la drogue au creux des années
60 pour que l’étoile Johnny Cash palisse et menace de
s’éteindre. Il n’en sera rien, parce qu’en
Amérique, avec du courage et de la ténacité,
on s’en sort toujours (sic) : l’amour de June Carter et
la volonté du bad boy seront les plus forts, et c’est
un Johnny Cash "remis à neuf" que nous abandonnons
à l’orée des 70’s dans un happy end du meilleur
effet.
Mais ce schéma narratif (trop) classique ne doit pas occulter
les grandes qualités d’une magnifique production et l’immense
plaisir que suscite cette "reconstitution historique". Un
double bonheur, même, puisque musique et cinéma y sont
intimement liés !