Un film de Brett Ratner
Avec Halle Berry
Hugh Jackman
Ian McKellen
Famke Janssen
Kelsey Grammer
Anna Paquin
Patrick Stewart
Twentieth Century Fox - 2006 - 1h44
Bryan
Singer (Usual suspects) devait réaliser le troisième
volet de l’adaptation du célèbre comics qu’il
avait initié en 2000. Son rêve s’est hélas
réalisé : les responsables de Superman sont venus le
chercher. Le cinéaste a aussitôt fait sa valise, pris
son staff de production (dont le compositeur et monteur John Ottman)
et a quitté les X-men pour s’occuper de Clark Kent. Décontenancés,
les producteurs se sont tout de même lancés dans l’aventure
et ont commis l’irréparable !
Ils sont allés chercher Brett Ratner pour diriger cette nouvelle
suite. C’est un peu comme si Le retour du Jedi était
confié à Max Pécas ! Si Singer est un passionné
consciencieux, Brett Ratner est un nonchalant pitoyable. De Rush hour
à Dragon rouge, le bonhomme a montré en quelques films,
son inaptitude consternante à défendre une idée
de mise en scène.
Le comble de l’imagination chez Ratner, c’est le champ
contre-champ. Il agace en plaçant systématiquement le
personnage au centre du plan. Il bâcle la production. Connu
pour son caractère facile et enjoué, Brett Ratner est
l’un des Yesmen les plus prisés d’Hollywood. Après
le départ de Matthew Vaughn (Layer cake), Ratner s’empare
des X-men et le drame est inévitable.
Pourtant le scénario a de quoi tenir en haleine. Parce que
son fils a des ailes dans le dos, un industriel met au point un remède
pour les mutants. Son groupe pharmaceutique a découvert le
moyen d’annuler le gène mutant. Le conciliant Charles
Xavier s’inquiète : son meilleur ennemi Magneto n’apprécie
guère cette découverte et va s’employer à
mener une guerre contre les humains. Le remède interroge en
tout cas tous les mutants sur leurs pouvoirs et l’utilisation
de ces derniers…
Le début du film est même rassurant : en recentrant l’action
autour de la politique (avec le ministère des affaires mutantes),
le film, comme les précédents, se faisait le miroir
de l’Amérique et de ses démons. Ici, le film débute
une réflexion sur le contrôle du pouvoir, ce qui est
très malin à une époque où les Etats-Unis
sont traités d’impérialistes.
Mais tout ceci est vite noyé par une absence totale de nuance
! Singer réussissait à communiquer son amour pour les
X-men. C’était la force de ses films. Ici, c’est
de la surenchère gratuite. Il y a plus de personnages. Ils
sont à peine esquissés. Ils n’ont plus de valeur
politique (les mutants sont mal acceptés dans la société).
Ils ne sont que des gadgets, parfois grotesques (la palme à
Juggernaut) et toujours creux. C’est pathétique. Seuls
les personnages récurrents possèdent un peu d’âme,
quand ils ne sont pas dézingués pour maintenir l’intérêt.
Plus grave encore, le film va à l’opposé des précédents
: X-men 3 fait l’apologie de la normalité. Si les gentils
mutants sont proprets et bien coiffés, les méchants
mutants ressemblent à des fans gothiques de Metallica. Singer
avait la bonne idée de décrire les super pouvoirs comme
une malédiction, une tragédie ! Ratner lui semble très
fier de lui, en sauvant les personnages les plus torturés par
leurs pouvoirs parfois handicapants. Le personnage de Rogue est significatif
et représente assez bien le mal qui ronge ce nouveau volet
: il souffre finalement d’une grosse crise de très politiquement
correct ! Et les effets spéciaux ne peuvent pas cacher tous
ces défauts, mis en avant par la platitude de la réalisation.
Il y a donc un anti-corps aux X-men : il s’appelle Brett Ratner
!