Une série américaine
de Robert Cochran et Joel Surnow
Avec Kiefer Sutherland
Leslie Hope
et Sarah Wynter
Fox Pathé Europa – 2003
Bonus
- Fin alternative
- Interview de Kiefer Sutherland
En
gros : Jack Bauer est agent spécial du CTU, la cellule
antiterroriste du gouvernement américain. Et les 24 heures
qui vont suivre seront, jusqu’à la saison suivante
en tout cas, les plus longues de sa vie.
Je n’en dis volontairement pas davantage et on en a tellement
parlé qu’il ne resterait plus qu’à
dévoiler la totalité, le suc même du talent
narratif foudroyant de cette série dont la diffusion
était programmée l’année dernière
sur Canal+. Du reste, 24 heures chrono est difficile à
résumer, trop ample, complexités surnuméraires
de l’enquête qui se divise pour mieux se rassembler,
frôlant même au passage, et plusieurs fois, l’invraisemblance
formelle. Et c’est justement là que tout tient.
Dans ce flirt étroit avec l’improbabilité
de certains croisements, qui vous font cogiter pendant les deux
heures qui suivent le visionnage et décortiquer les dernières
nouvelles du front. Parce que c’est un front que l’on
vit en compagnie de l’excellent Kiefer Sutherland qui
trouve enfin un rôle à sa taille - le pataud obligé
de courir mais qui a le droit de parler du nez - collés
à ses basques.
C’est splendidement bien écrit et magistralement
réalisé. Le passage sur les différents
plateaux qui font l’intrigue par le jeu des split-screen
(plusieurs écrans subdivisent l’écran principal
et montrent le déroulement parallèle des histoires)
comme lien narratif entre les actions est une idée vieille
comme le cinéma, mais ici accrue d’une nouvelle
dimension et d’une puissance régénérante.
On se promène littéralement au cœur de l’enquête
et, pire que tout, on nous donne l’impression de tout
savoir à travers ce spectre qui fonctionne comme la boule
de cristal d’une chiromancienne. Car c’est là-dessus
que fonctionne 24 heures, sur le mode d’emploi hitchcockien
du suspens : le suspens vient de ce que le spectateur sait ce
qui va arriver au héros alors même que celui-ci
n’en sait rien. Or, dans 24 heures, on sait ce qui va
se passer et puis non, parce que rien n’est vrai de ce
que l’on sait, tout est opaque et rien ne repose sur rien
et surtout pas la confiance. Les coups de théâtre
se multiplient à la vitesse de lapins australiens, mais
ça n’est jamais pour l’exercice.
Les Américains savent très bien manipuler ce genre
d’histoires où la paranoïa l’emporte
sur la raison et où le rationnel tient davantage de la
provocation que du bon rendu des images. Ça ne marche
finalement qu’assez rarement ces derniers temps tant il
est vrai qu’on a vu sortir pléthore de séries
maniérées qui tentaient de palier aux faiblesses
scénaristiques par un traitement à la complexité
de bazar (type Boomtown qui tentait de s’imposer comme
un renouveau décevant de platitude). Une tendance qui
semble perdre des clients, en atteste aujourd’hui l’excellence
de nouveaux programmes tels que le très bon The Shield.
24 heures chrono se glisse dans un interstice qui n’avait
encore jamais été traité dans la série,
à savoir le temps réel et ce qu’il implique.
On notera d’ailleurs que nos 24 heures de départ
sont largement amputées par pas moins de 6 heures de
publicités qui saucissonnent chaque épisode cinq
fois (qu’on se rassure, les pages de pubs sont elles-mêmes
amputées dans ce montage destiné à la vente).
La sortie de ce coffret en conclusion de la saison 1 est une
quasi-provocation à la vie de famille. Il est très
compliqué de soustraire à l’une pour tenir
son rôle dans l’autre. Tout dépend de comment
on entend mener son existence : faire la moule, les yeux de
plus en plus exorbités, la fesse chaque heure plus plate
et l’haleine fétide devant son poste de télé
pendant 24 heures d’affilée. Ou se réveiller
la nuit en se demandant si on a bien compris ce qu’avait
vraiment voulu dire l’agent Bauer quand, dans l’épisode
6, il demande à Tony pourquoi…