EMOTION
NATURELLE
Projet entamé par Stanley Kubrick et mené à
son terme par Steven Spielberg, AI fait toucher du doigt ce
qui suscite notre fascination pour le cinéma : ressuciter
les morts et donner vie à l'image.
On
connaît lhistoire : Stanley Kubrick a travaillé
pendant longtemps sur ladaptation dune nouvelle
de Brian Aldiss concernant un enfant-robot. Les progrès
de la technique ne sont pas allés aussi vite quil
le souhaitait et, à sa mort, Steven Spielberg a repris
le projet et la mené à terme.
Tel quel, et sorti du battage promotionnel qui a lieu à
chaque fois quil sort un film, AI (Intelligence Artificielle)
est un film de Spielberg qui sapparente à un conte
de fée. Dailleurs, il est souvent fait allusion
à Pinocchio, la poupée de bois devenu petit garçon
en chair et en os. Dans un monde pas si éloigné
de nous, les hommes ont fait appel aux robots pour pallier leurs
carences. Un savant interprété par William Hurt
a lidée de créer un robot-enfant quil
offre à un couple dont lenfant est dans le coma.
Ce robot, considéré comme un jouet amélioré,
sert de substitut affectif aux parents et surtout à la
mère. Mais voilà, un jour leur enfant sort du
coma. Et lenfant-robot programmé pour aimer, se
retrouve sans objet.
Une belle histoire
Connaissant Spielberg, on pourrait sattendre à
des torrents de larmes et de bons sentiments. Il nen est
à peu près rien. Le seul bémol serait limage
parfois trop "jolie" et trop travaillée. Pour
peu quon veuille bien passer sur le cadre léché
et les filtres envahissants, il est indéniable que lhistoire
joue sur la corde sensible de ceux qui ne se consolent pas davoir
grandi.
Car lenfant-robot va être abandonné par ses
parents adoptifs. Et de la même manière quun
animal domestique, sur le bord de la route. À partir
de là, son périple naura quun seul
but. Récupérer sa maman et lui prouver quil
est un vrai petit garçon.
Il y a deux thèmes qui sont très forts. Dabord,
on peut se demander, dans quelle mesure, lêtre humain,
quel quil soit, nest pas un robot qui doit chercher
à shumaniser par tous les moyens. En ce sens, le
film choisit son camp et nous démontre que les robots
sont des humains. Quand aux autres...
Toute la magie du cinéma
Ensuite, Spielberg a une foi insensée dans le cinéma,
comme Lelouch. Mais, à la différence de Lelouch,
il sait sélever à luniversel. Vers
la fin du film, il nous fait comprendre que seul le cinéma
peut réaliser nos rêves irréalisables. Il
ny a quau cinéma et dans un de ses films
notamment, quun petit garçon peut passer une journée
déternité avec sa maman, longtemps après
son décès.
Ressusciter les morts et donner vie à limage. Aidé
par Kubrick, Spielberg touche du doigt ce qui fait la fascination
du cinéma.