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!
L’arnaque Beatles du mois (du siècle ?) se présente
sous la forme d’un triple DVD malicieusement intitulé
A long and winding road, soit l’un des titres pressenti
à l’origine pour la série Anthology.
Documentaire affligeant, non autorisé par Apple, qui
ne comporte pas un seul morceau original des Beatles dans
son entier, mais seulement quelques fragments qui, cumulés,
représentent à peine plus de deux minutes sur
les sept heures d’images annoncées, A long and
winding road pourrait se résumer comme étant
une sorte de poubelle rassemblant les fonds de tiroirs des
archives Beatles.
Un condensé de vide où ceux qui sont passés
à côté de l’histoire Beatles, et/ou
qui ont côtoyé un temps (souvent infime), et/ou
encore qui se sont spécialisés dans l’exploitation
du culte font offices de témoins pathétiques,
remplissant sans aucun signe d’amour propre, ce documentaire
de leurs anecdotes sans intérêts. On retrouve
d’ailleurs nombre de ces intervenants dans les conventions
et autres animations Beatles qui ont lieu un peu partout dans
le monde, et dans lesquelles ces tristes clowns viennent grappiller
les miettes de l’argent qu’engendre encore aujourd’hui
la magie du groupe de Liverpool. Le scénario est maintenant
bien ficelé, chacun de ces imposteurs allant de son
anecdote réelle (le plus souvent sans intérêt),
lue, inventée ou rêvée.
Dans la longue liste de ceux qui continuent à vivre
grâce aux Beatles, on retrouve Allan Williams premier
"manager" du groupe (booker serait plus approprié),
Tony Sheridan qui enregistra avec les pre-Fab Four, ou encore
Bill Harry fondateur du magazine Mersey beat. Ces trois personnages
ne sont plus vraiment très crédibles, tant ils
se sont fourvoyés dans le passé et, ce, bien
qu’ils ne soient restés que très peu de
temps auprès des Beatles.
Des témoins de "première main"
Ainsi, Tony Sheridan se montre particulièrement aigri
quand, commentant les premiers succès des Beatles,
il déclare : "Je n’arrivais pas à
croire qu’ils s’abaisseraient à ce point.
Jusqu’à se montrer bien propres et bien peignés,
jusqu’à saluer après une chanson et chanter
des trucs idiots avec des accords débiles. Je pensais
: Dieu merci, je ne fais pas ça."
Plus loin, le même Tony Sheridan, fait état
de son esprit malade quand il ose aborder la controverse «
les Beatles sont plus grands que Jésus » qu’il
a pourtant vu de très loin, en affirmant que : "Il
(Lennon) était jaloux de Jésus depuis longtemps.
Il jalousait même le fait que Jésus ait déjà
existé. Parce que Jésus est ce qu’il aurait
bien aimé être. Mais un Jésus guitariste."
De son côté, le vieil escroc Allan Williams
profite des caméras pour tenter de régler une
dette que Paul aurait contracté envers lui : "Il
(Mc Cartney) me doit 15 livres. Il ne m’a jamais remboursé.
Il est temps que tu raques Paul. Je suis le seul créancier
d’un milliardaire. Sans compter qu’il était
convenu que chacun me verserait 10 livres pour l’essence.
J’attends toujours." Venant de quelqu’un
qui vit sur le dos des Beatles depuis plus de trente ans,
ces récriminations sont tout de même un peu gonflées
!
Enfin, Bill Harry, de son côté, n’hésite
pas à réciter ses lectures Beatles visiblement
mal assimilées, tout en adoptant une attitude de semi
prêcheur assez ridicule.
A ces trois habitués du "j’y étais"
», on peut ajouter les membres survivants des Quarry
Men, soit le groupe de collège de John Lennon.
Le défilé des "j’y étais"
Ainsi, Rod Davis, ex-Quarry man, nous dévoile que
son père a grondé John Lennon avant un concert,
car celui-ci avait écrasé un mégot de
cigarette sur la moquette rouge de la salle qui accueillait
le groupe. Il faut bien comprendre ici, que la citation d’un
maximum de détails, surtout quelconques et c’est
ce qui saute aux yeux tout au long de ce documentaire, est
une récurrence grotesque chez ces intervenants du néant.
Rod Davis toujours, interrogé sur les années
60, soit plusieurs années après qu’il
ait perdu tout contact avec les Beatles, n’hésite
pas, pour décrire Yoko, qu’il n’a sans
doute jamais vu, à employer le fumeux "c’est
une histoire que j’ai entendu" pour compter une
anecdote inepte qu’une personne non définie lui
aurait rapporté.
Autres moments surréalistes, le long passage (près
de vingt minutes) consacré à la formation des
Quarry Men, ou encore l’interminable débat consacré
à la seule question, d’ailleurs non éludée
: Paul a-t-il joué oui ou non, Twenty flight rock lors
de sa première rencontre avec John ?
Comble de l’escroquerie, le cercle des « intimes
» s’étend ici aux camarades de chambre,
aux amis des amis de Hambourg, au chauffeur, et ce jusqu’aux
acteurs brièvement croisés sur les plateaux
de télé, chacun n’hésitant pas
du haut de sa mémoire infaillible à réciter
des conversations complètes qu’ils auraient eu
avec les Beatles. Comme pour des centaines de livres traitant
des Beatles, comme celui de Peter Brown par exemple, on nage
alors en pleine romance.
Ainsi, Rod Murray qui partageait la chambre d’étudiant
de Lennon nous apprend que "chacun avait sa boîte
de fayots ou son paquet de spaghettis". De même,
Horst Fischer un ami du Star Club de Hambourg nous confie
que dans la chambre que partageaient les Beatles il y avait
deux lits superposés et que "Paul dormait en bas
et Pete Best en haut".
Entre charognards, il arrive aussi que l’on se morde
ou que l’on se pique pour préserver sa légitimité
et justifier sa rente de pseudo "intime" du groupe.
Ainsi, Allistair Taylor, sorte de personnification du minable,
auquel ce documentaire consacre pourtant plus d’une
demi-heure non-stop dans les bonus (soit 7,14 % du temps total),
s’en prend assez grossièrement à Allan
Williams cité plus haut. Plus loin, le même Allistair
Taylor sans doute à court d’imagination au moment
de conter l’assassinat de Lennon, réussi à
placer un avis de comptoir sur cet évènement
: "Si jamais ils libèrent M. Chapman (l’assassin
de Lennon), quelqu’un le tuera. Quelqu’un lui
fera la peau. Vous pouvez me croire."
Images et son catastrophiques
Ce documentaire n’oublie quasiment aucun exploitant
du culte anglo-saxon, car sont aussi présents quelques
autoproclamés « historiens de la chose Beatles
». On retrouve Richard Porter, individu foncièrement
antipathique* qui organise un Beatles tour dans Londres, et
Jackie Spencer qui anime le même type d’évènement
mais à Liverpool. On trouve aussi en France, pays du
néant rock, ce type d’entrepreneurs tout aussi
insupportables de suffisance et de médiocrité,
mais qui n’ayant pas de lieux historiques à faire
visiter, se drapent d’une légitimité intellectuelle
en se présentant comme ethno-musicologue en Beatlesserie
appliquée**.
Drôle au début, ce long ballet, de dentiers,
casquettes-cache-calvitie, et brushing (re)colorés
fini tout de même par lasser, voir donner la nausée,
tant les vieux usurpateurs qui défilent à l’écran
sont grotesques dans leur recherche désespérée
et désespérante d’une quelconque légitimité,
voir d’un rôle charnière dans l’histoire
des Beatles.
Du côté des images et du son, le bilan est tout
aussi catastrophique. Pour combler les chansons originales
déficientes, des bouts musicaux "à la façon
des" Beatles, ont été glissés tout
au long du documentaire, renforçant l’impression
d’escroquerie dégagée par l’ensemble.
Ces constructions musicales sont particulièrement choquantes
lors de la séquence réservée à
la création de All you need is love. De même,
les quelques courts extraits originaux sont d’une qualité
sonore lamentable. Quelle catastrophe pour un documentaire
ayant pour sujet un groupe de musique !
Enfin, les images d’archives sont rares, au point que
les producteurs n’ont pas hésité à
utiliser plusieurs fois les mêmes plans pour illustrer
des séquences différentes, la plupart du temps
sans aucun souci chronologique. De toute façon, la
qualité des images est le plus souvent médiocre,
au point de laisser supposer, que les auteurs ont filmé
"illégalement" des téléviseurs
diffusants des archives piratés sur des supports endommagés.
Un seul mot d’ordre quand vous passerez devant ce triste
coffret : Fuyez !
Guillaume Lebouis
© Jowebzine.com - Novembre 2003
* Suivant expérience vécue personnellement.
** Trop fatigué et agacé après les sept heures
de visionnage des trois DVD, je n’ai pas eu le courage de
lire le livret écrit par Eric Krasker. Toutefois, sans pouvoir
juger de la qualité de ces notes, et bien qu’il ne
soit pas encore possible de cataloguer "ce nouveau venu"
au sein des exploitants établis du culte français
(Jouffa-Volcouve), il est profondément choquant et inexcusable
de la part de ce monsieur de cautionner une telle opération
de malfaiteurs.
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