Un film français de Jean-Pierre Denis
Avec Sylvie Testud
et Julie-Marie Parmentier
Pathé - 2001 - 1h29
Bonus
- Filmographies
- Bande-annonce
- Documentaire de Claude Ventura
"En quête
des sœurs Papin"
SŒURS
SOUFFRIR
Le double crime des sœurs Papin a défrayé
la chronique des années 30. Le film de Jean-Pierre Denis
et le documentaire de Claude Ventura reviennent dessus.
Il est rare que la sortie d'un DVD présente un intérêt
majeur au-delà de son objet principal : le film lui-même.
Les producteurs trouvent pourtant toujours quelques bonus à
faire valoir : une filmographie par-ci, une bande-annonce par-là,
et quelquefois un making-of qui s'apparente plutôt à
une longue interview promotionnelle du réalisateur et
des acteurs qui viennent dire tout le bien qu'ils pensent de
leur œuvre !
Mais avec Blessures assassines, le principe s'inverse et après
visionnage du film de Jean-Pierre Denis d'abord et du long documentaire
(1h34) de Claude Ventura ensuite, on se demande si le bonus
ne présente pas plus d'intérêt que le film
lui-même.
En effet, là ou Jean-Pierre Denis s'est attaché
à reconstituer avec soin la version officielle du double
meurtre perpétré par les sœurs Papin, Claude
Ventura va voir derrière les apparences soigneusement
entretenues par les édiles locaux pour découvrir
quelques vérités cachées qui donnent un
éclairage nouveau à l'affaire.
Et quelle affaire ! Le 2 février 1933, vers 19h30, 6
rue Bruyère au Mans, Christine et Léa Papin, bonnes
chez les Lancelin, assassinent sauvagement la maîtresse
de maison et sa fille : après les avoir assommées
à coups redoublés, elles leur arrachent les yeux
et les lacèrent de coups de couteaux… La police
les arrête dans leur chambre sous les combles, blotties
l'une contre l'autre dans le même lit.
Bourgeoisie provinciale odieuse avec le petit personnel, enfance
malheureuse, sœurs incestueuses, concours de circonstances
fâcheux (le sous-titre du film est "Ce n'est pas
un crime, mais une histoire d'amour")… autant de
"raisons" qui, mises bout à bout, permettent
au tribunal de "comprendre" le mécanisme du
drame et de condamner lourdement l'aînée des deux
sœurs. Servi par une Sylvie Testud entière, flamboyante,
presque possédée par son personnage, Jean-Pierre
Denis livre un film académique où rien ne manque
des éléments officiels de cette histoire.
Dans ces conditions, l'enquête de Claude Ventura, dans
sa forme (intimiste, chuchotée, empirique, à hauteur
d'homme…) comme sur le fond (décryptage des journaux
de l'époque, rencontre de témoins, de descendants,
d'historiens…) prend le relais du film et nous fait découvrir
une bourgeoisie mancelle affairiste et peu recommandable, soulagée
de ce que cette horrible affaire vienne opportunément
détourner l'attention de ses turpitudes financières
: détournements de fonds à grande échelle,
escroqueries et banqueroutes frauduleuses avérées…
Les notables locaux, et M. Lancelin au premier chef, sont, à
la même époque, impliqués jusqu'au cou dans
des scandales colossaux. D'où l'hypothèse de la
machination étayée par nombre d'éléments
troublants : enquête bâclée, témoignages
escamotés, registres et procès-verbaux grattés…
Passionnant !
Vous l'aurez compris, dans ce boîtier, le film majeur
n'est pas forcément celui que l'on croit. Alors, pour
une fois, ne négligez pas le bonus proposé par
l'éditeur. S'il ne bénéficie pas du talent
d'actrice de Sylvie Testud, il profite de celui d'enquêtrice
de Claude Ventura.