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     DvD
 
BULLITT

Un film américain de Peter Yates
Avec Steve McQueen
Robert Vaughn
Jacqueline Bisset
et Robert Duvall

Warner Home Video - 1968 - 1h53

Bonus
- Bande annonces
- Notes de production
- Court-métrage
- Making of

CHASSEUR DE CRIMES
Un film culte de Peter Yates, fidèle reflet d’une époque charnière du cinéma américain. Et l’inégalable Steve McQueen en prime !


Quand l’ambitieux politicien Walter Chalmers (Robert Vaughn) demande au Lieutenant Frank Bullitt (Steve Mac Queen) de s’occuper personnellement de la sécurité d’un gangster qui doit témoigner sous vingt quatre heures dans un énorme procès, il semble ne pas savoir à qui il confie cette mission. Et quand le témoin se fait assassiner malgré la protection rapprochée mise en place par Bullitt, Chalmers est loin de se douter à quel point le Lieutenant de la police de San Francisco est prêt à se racheter en découvrant ce qui se trame derrière ce complot.

Bullitt est un pur objet de son époque. En 68, Hollywood connaît sa Nouvelle Vague : débordés par des acteurs et réalisateurs sous contrat mais totalement en rupture avec le système des majors, les studios sentent le vent tourner et lâchent la bride. Coppola, Scorsese, Friedkin, Altman et consort envahissent l’espace laissé libre et se défoulent en produisant ce que le cinéma américain ne retentera jamais (1). Parmi les films qui ont profité de l’allégeance faite au tout créatif, il y a Bullitt du pourtant très raisonnable Peter Yates.

Bullitt commence par l’un des plus beaux génériques du siècle dernier, signé Pablo Ferro (Le title designer de L’Affaire Thomas Crown), plans apparaissant dans le lettrage vers lequel on glisse lentement pour découvrir une séquence d’introduction où tout se joue.

Bullitt se poursuit avec l’apparition magnétique de Steve McQueen, 38 ans, blond californien, Burberry’s beige négligemment posé sur l’épaule, dégagé sur le holster crème, piquant, macho, conducteur émérite d’une légendaire Ford Mustang Fastback GT 390 aux rapports de vitesse un peu froissés.

Bullitt swingue encore sur les tempos pour cinq jambes et huit bras d’une incroyable bande son que seul Maître Lalo Schifrin pouvait signer et on se souviendra longtemps du morceau qui accompagne la célébrissime poursuite en voiture dans les rues en pente de San Francisco (parlez-en à des connaisseurs, vous comprendrez de quoi il s’agit).

Bullitt s’articule enfin autour d’une mise en scène toute en ressorts, libre de composer sur la partition du moment, libre de maltraiter enfin son héros qui délaisse une vie privée au fond de laquelle se morfond (pardonnez du peu) l’architecte amoureuse transie Jacqueline Bisset, et on trouvera dans cette œuvre quelques-uns des sujets qui feront plus tard la riche filmographie du très prolifique Michael Mann (l’enquête étudiée de l’intérieure des épisodes très calculés de Miami Vice, le flic intègre qui se noie dans sa mission de Heat, le politique qui mène la danse de Révélations, etc.)

Bref, Bullitt n’est pas un film à louer un soir de pizza-bière avec quelques copains mais plutôt une sorte d’hybride à convoquer un dimanche matin pluvieux de novembre où on a du mal à sortir de son lit. Je le conseille même sans café. Ce que les Anglais appellent le gloomy.

En dehors de tous ces bienfaits, il est à noter que cette édition par Warner Home Vidéo est assez complète (je reviendrais un jour si le cœur m’en dit sur le travail bâclé des programmateurs qui sont la plupart du temps infichus de coordonner correctement les pages, notamment celle du choix de la bande son) et même jubilatoire puisqu’on y trouve un vrai making of tourné en 16mm, commenté par Steve McQueen (je précise vrai parce que son but est de montrer le travail du plateau en tournage et répétition, et non pas d’interviewer les comédiens devant un pot de fleurs pour qu’ils nous disent tout le bien qu’ils pensent de la production.

Bullitt, donc, sans effort, avec juste une télécommande, même pas un café, une bonne couette, un peu de pluie et ça vous repeint un dimanche en mauve avec reflets gris clairs.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003


(1) A lire, à ce propos, l’excellent livre de Peter Biskind Le nouvel Hollywood aux éditions du Cherche Midi, et la chronique qu’en fait Philippe Sendek dans les archives littéraires de Jowebzine.com.

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