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CHASSEUR DE CRIMES
Un film culte de Peter Yates, fidèle reflet d’une
époque charnière du cinéma américain.
Et l’inégalable Steve McQueen en prime !
Quand l’ambitieux politicien Walter Chalmers (Robert
Vaughn) demande au Lieutenant Frank Bullitt (Steve Mac Queen)
de s’occuper personnellement de la sécurité
d’un gangster qui doit témoigner sous vingt quatre
heures dans un énorme procès, il semble ne pas
savoir à qui il confie cette mission. Et quand le témoin
se fait assassiner malgré la protection rapprochée
mise en place par Bullitt, Chalmers est loin de se douter
à quel point le Lieutenant de la police de San Francisco
est prêt à se racheter en découvrant ce
qui se trame derrière ce complot.
Bullitt est un pur objet de son époque. En 68, Hollywood
connaît sa Nouvelle Vague : débordés par
des acteurs et réalisateurs sous contrat mais totalement
en rupture avec le système des majors, les studios
sentent le vent tourner et lâchent la bride. Coppola,
Scorsese, Friedkin, Altman et consort envahissent l’espace
laissé libre et se défoulent en produisant ce
que le cinéma américain ne retentera jamais
(1). Parmi les films qui ont profité de l’allégeance
faite au tout créatif, il y a Bullitt du pourtant très
raisonnable Peter Yates.
Bullitt commence par l’un des plus beaux génériques
du siècle dernier, signé Pablo Ferro (Le title
designer de L’Affaire Thomas Crown), plans apparaissant
dans le lettrage vers lequel on glisse lentement pour découvrir
une séquence d’introduction où tout se
joue.
Bullitt se poursuit avec l’apparition magnétique
de Steve McQueen, 38 ans, blond californien, Burberry’s
beige négligemment posé sur l’épaule,
dégagé sur le holster crème, piquant,
macho, conducteur émérite d’une légendaire
Ford Mustang Fastback GT 390 aux rapports de vitesse un peu
froissés.
Bullitt swingue encore sur les tempos pour cinq jambes et
huit bras d’une incroyable bande son que seul Maître
Lalo Schifrin pouvait signer et on se souviendra longtemps
du morceau qui accompagne la célébrissime poursuite
en voiture dans les rues en pente de San Francisco (parlez-en
à des connaisseurs, vous comprendrez de quoi il s’agit).
Bullitt s’articule enfin autour d’une mise en
scène toute en ressorts, libre de composer sur la partition
du moment, libre de maltraiter enfin son héros qui
délaisse une vie privée au fond de laquelle
se morfond (pardonnez du peu) l’architecte amoureuse
transie Jacqueline Bisset, et on trouvera dans cette œuvre
quelques-uns des sujets qui feront plus tard la riche filmographie
du très prolifique Michael Mann (l’enquête
étudiée de l’intérieure des épisodes
très calculés de Miami Vice, le flic intègre
qui se noie dans sa mission de Heat, le politique qui mène
la danse de Révélations, etc.)
Bref, Bullitt n’est pas un film à louer un soir
de pizza-bière avec quelques copains mais plutôt
une sorte d’hybride à convoquer un dimanche matin
pluvieux de novembre où on a du mal à sortir
de son lit. Je le conseille même sans café. Ce
que les Anglais appellent le gloomy.
En dehors de tous ces bienfaits, il est à noter que
cette édition par Warner Home Vidéo est assez
complète (je reviendrais un jour si le cœur m’en
dit sur le travail bâclé des programmateurs qui
sont la plupart du temps infichus de coordonner correctement
les pages, notamment celle du choix de la bande son) et même
jubilatoire puisqu’on y trouve un vrai making of tourné
en 16mm, commenté par Steve McQueen (je précise
vrai parce que son but est de montrer le travail du plateau
en tournage et répétition, et non pas d’interviewer
les comédiens devant un pot de fleurs pour qu’ils
nous disent tout le bien qu’ils pensent de la production.
Bullitt, donc, sans effort, avec juste une télécommande,
même pas un café, une bonne couette, un peu de
pluie et ça vous repeint un dimanche en mauve avec
reflets gris clairs.
Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003
(1) A lire, à ce propos, l’excellent livre de
Peter Biskind Le
nouvel Hollywood aux éditions du Cherche Midi,
et la chronique qu’en fait Philippe Sendek dans les
archives littéraires de Jowebzine.com.
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