Untitled Document
 

     DvD
 
CALIGULA

Un film américain de Tinto Brass
Avec Malcolm McDowell
Peter O’Toole
Teresa Ann Savoy
et Sir John Gielgud

Metropolitan - 1980 - 2h36


Bonus
- Making of
- Interview de Tinto Brass
- Secrets de tournage
- Diaporama
- Filmographies
Le règne despotique, ultra-violent, psychotique, incestueux et pornographique de l’empereur Gaïus Caligula revu, corrigé et produit par le magna de la presse érotique américaine Bob Guccione et ses girls de Penthouse.


La sortie récente de cette version intégrale du film de Tinto Brass, Caligula, est, en toute simplicité, un événement. Le seul conseil de lecture que je peux en donner ici serait de consulter ce DVD en commençant par les bonus (un second disque juste pour ça mais qui vaut son pesant d’emballage), juste histoire de se mettre en appétit et de mieux comprendre pourquoi dans certaines séquences les comédiens traversent la scène, hagards, en tentant de masquer une certaine gène ou, plus pudiquement, une totale incompréhension.

Premier supplément : l’implacable making of d’origine, 56 mn en 16 mm, interdit au mineurs de moins de 18 ans (comme le film lui-même), tout à la gloire de la production Penthouse dans lequel un Gore Vidal très digne (scénariste émérite du Gaucher de Penn, du Ben Hur de Wyler, de Paris brûle-t-il de Clément, entre autres) tente de sauver la face en discourant sur l’authenticité historique de son script tout en traversant, dans son costume trois pièces, les allées bordées de statues antiques de sa villa romaine ; dans laquelle un Tinto Brass très discret parce qu’on ne lui donne pas la parole, se contente d’apparaître comme le maestro minuscule de ce chantier dantesque, filmant, avec la frénésie du vacciné, des orgies de trois cent volontaires s’enfilant joyeusement pendant une journée entière ; dans laquelle, pour poser tout ça dans son écrin véritable, un Bob Guccione chemise ouverte jusqu’au nombril sur collection de chaînes en or, trônant dans le salon d’un Xanadu californien dépassé, s’excuse que son Caligula ait pu choquer, que son tournage, déplacé en Italie pour des raisons bassement économiques et moralistes (mais en lieu et place des syndicats et des ligues de vertu américaine, Guccione invoque la magnificence de l’Italie et la pérennité des petits métiers du cinéma si bien conservés sur ce contient) ait pu paraître aussi démesuré, et qu’un tel film ait pu coûter si cher et rassembler un tel casting pour n’être en fait qu’une fiction limite porno-chic pour clientèle aisée en manque de piment.

Et tout tient dans cette phrase prophétique : "Il s’agissait de se servir du créneau porteur du cinéma pornographique, profitant certes encore à l’époque d’une exploitation en salle, pour produire des films à gros budgets uniquement envisageables avec des grosses stars" (McDowell, O’Toole). On connaît la suite. Censuré, le porno s’est échoué dans les années 80 sur les plages bien plus lucratives de la vidéo, se développant, pour les plus riches en industrie prolifique dans des Sex Valley (San Fernando, la Silicone Valley du x dans la banlieue de Los Angeles), ou se terrant dans une fange underground peut recommandable pour le reste de la planète.

Second supplément : comme pour mieux palper l’état de ce déclin, l’interview de Tinto Brass remet les pendules à l’heure avec sa lumière violette et verte, son décorum plat et sa banquette suintante sur laquelle ce presque sosie d’Hitchcock disserte avec une précision nécessaire sur les différences entre l’érotisme et la pornographie et son engagement artistique, slalomant dans l’un et l’autre domaine. Document hirsute et décalé, peut-être même bêtement tiré des rushes d’un Journal du Hard d’avant hier.

Enfin, pour achever ça dans l’humour et la dérision - deux notions, finalement, qu’il ne faut jamais oublier à la lecture de ces documents et du film qui suit - on appréciera grandement les 12 mn de diaporama présentant une série de photos du film commentées avec un sens aiguë de l’Histoire et de la drôlerie par François Cognard.

Alors on sera prêt pour les 2H30 de ce monument du Grand Kitch emprunté sans vergogne à Fellini et Ferreri (l’un et l’autre se faisant au passage débaucher qui un directeur artistique, qui un costumier) que l’on regardera avec un délice proche de l’étouffement et, pour se désaltérer de temps à autre entre les orgies et les colères telluriques d’un Malcolm McDowell en roue libre, on se souviendra que tout ceci est "la vraie version de ce que fut l’empire romain avant l’avènement du Christianisme", comme se plaisent à le répéter les bâtisseurs de ce Caligula de celluloïd. Bâtisseurs, au passage, qui, Bob Guccione en tête et selon son témoignage, se faufilèrent une nuit à l’insu de Brass, de Vidal et de bien d’autre ayant droits, dans les studios de tournage avec une douzaine de playmates fraîchement débarquées de la Penthouse Mansion pour filmer une grande lesbiannerie qu’il inséra au montage pour aciduler un peu plus ce produit hybride, dément et finalement très digeste après une bonne nuit de sommeil. Régalez-vous.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés