Un film américain de Martin Scorsese
Avec Robert De Niro
Sharon Stone
et Joe Pesci
Universal - 1995 - Durée 2h50
Rien
ne vas plus à Las Vegas
Avec Casino, Martin Scorsese grand observateur de l'univers
mafieux devant l'éternel (Les Affranchis, ....) nous
propose une manière de chef d'oeuvre du genre. On n'est
plus là seulement dans la part obscure de cet univers
si souvent décrit qu'il nous semble presque familier,
mais aussi de l'autre côté du mirroir, du côté
de la flambe et du train de vie fastueux étalé
au regard de tous. Et c'est cette sorte de schizophrénie
inévitable qui nous est donnée en spectacle au
long des 2h50 que dure le film.
Pour mieux construire ce récit, passionnant de bout en
bout, Martin Scorsese choisi un habile mode de narration en
voix off qui permet d'entrer plus avant dans la complexité
des situations et des personnages sans passer par d'interminables
scènes secondaires. Il ajoute à sa recette deux
acteurs exceptionnels dans ces rôles de mafieux qui leurs
collent à la peau : Joe Pesci dans l'habit du petit-méchant-véléitaire
et Robert de Niro dans le costume du grand-gentil-réfléchi.
Ajoutez Sharon Stone dans le rôle de la belle et vous
obtenez un cocktail détonnant prêt pour le jackpot
!
En fait de jackpot, Martin Scorsese nous montre comment, au
début des années 80, le syndicat des cammionneurs,
tenu par la mafia, s'offre un perstigieux casino de Las Vegas
et place à sa tête un bookmaker de talent, Sam
Rothstein (Robert De Niro), qui entreprend de gérer son
affaire dans les règles de l'art, se contentant "d'écrémer",
au profit de ses employeurs, le haut de la montagne de dollars
qui s'entasse chaque jour dans les coffres du palais du jeu.
Tout irait pour le mieux si un vieil ami (on ne se méfie
jamais assez de ses vieux amis) ne s'incrustait dans la place
(il est tellement difficile de dire non aux vieux amis) et n'entreprenait,
sans même en être conscient, de dérégler
la mécanique de précision qui avait demandée
de si minutieux réglages...
Le Las Vegas de Martin Scorsese se trouve être dès
lors le théatre de la confrontation entre les méthodes
d'une mafia à l'ancienne faite de trafic, de braquage,
de racket, de violence et de règlement de compte et celles
d'une mafia en col blanc appliquée à blanchir
l'argent de la première.
Schizophrénie quand tu nous tiens ! Bien sûr, tout
ça ne peut pas durer très longtemps : les mentalités
sont trop contradictoires. Dans une succession de scènes
qui montrent l'implacable déliquescence du système,
Scorsese fait donner leur pleine mesure à des acteurs
au sommet de leur art (avec une mention spéciale à
Sharon Stone pour la conviction qu'elle met à incarner
la spirale autodestructrice de son personnage).
Un excellent film donc, sur lequel le spectateur peut miser
à coup sûr !