Un film anglais de Fernando Meirelles
Avec Rachel Weisz
Ralph Fiennes
Danny Huston
et Hubert Koundé
StudioCanal - 2005 - 2h03
Loin
du costard bien repassé, du verre de martini vodka et du permis
de tuer, l'espion selon John Le Carré est beaucoup moins élégant.
C'est presque de l'espionnage gériatrique. Au cinéma,
par exemple, il est difficile de ne pas s'endormir devant l'adaptation
de La maison Russie. John Le Carré, cela sonne vieillot. L'adaptation
de l'un de ses romans par l'énervé Fernando Meirelles
avait donc de quoi éveiller notre curiosité.
Meirelles avait secoué les cinéphiles avec le pétaradant
La cité de Dieu, cauchemar brésilien et chef d'œuvre
visuel. Meirelles a tout du Scorsese latin et impulsif ! Si sa réalisation
est très moderne, il sait surtout défendre un propos,
développer un sujet et partager des émotions. Ce gars-là
sait faire du vrai cinéma, loin des réalisateurs issus
du clip.
L'énergie du cinéaste va booster l'univers feutré
et britannique de John Le Carré. Justin Quayle est un diplomate
aimable et lisse. Son principal hobby : s'occuper des plantes de son
jardin. Il s'amourache pourtant d'une journaliste activiste, Tessa.
Tous les deux partent en Afrique. La jeune femme dénonce les
vilaines habitudes sur ce continent. On la retrouve morte. Quayle
décide d'enquêter sur ce meurtre affreux, mais aussi
sur sa femme.
Un complot de l'industrie pharmaceutique, une enquête menée
dans des pays différents, une course-poursuite dangereuse,
un casting britannique, tout est réuni pour un film d'espionnage
traditionnel. Un joli produit de consommation standard.
Heureusement Fernando Meirelles filme ce flegmatique suspense avec
une énergie inédite. Entre drame personnel (parfaite
interprétation du couple en bout de course Ralph Fiennes Rachel
Weisz) et dénonciation politique, Meirelles nous met la tête
à l'envers, réagissant au moindre soubresaut de l'histoire.
Sa caméra survoltée nous confronte à des réalités
douloureuses. Il observe convulsivement la part d'ombre du capitalisme.
On est très loin du film d'espionnage avec partie au casino
et voitures de luxe.
Meirelles réalise un film d'espionnage engagé. C'est
du bel ouvrage. Une sorte de blockbuster lucide, sensible et révolté.
En plus d'être estampillé "d'utilité publique",
The constant gardener, possède une vitalité visuelle
qui le rapproche des grands pamphlets américains des années
70.
Un petit regret : pour avoir des bonus, il faut se procurer l'édition
collector. Rien sur l'unique galette : c'est un comble que le DVD
d'un film si généreux soit avare en suppléments.