Samuel
L. Jackson est un bon comédien. Bien avant que Pulp fiction
le révèle au monde entier, cet acteur fut un solide
second couteau, récompensé à ce titre, au festival
de Cannes pour Jungle fever en 1991. L'homme tourne depuis sans arrêt
et parfois dans de solides nanars qui semblent l'amuser. La Couleur
du crime appartient hélas à cette catégorie.
Julianne Moore est une actrice exigeante. Une version rousse de Meryl
Streep ! Découverte dans Short cuts de Robert Altman, la comédienne
a joué avec les plus grands et possède une magnifique
filmographie. De temps en temps, elle se plante et atterrit dans des
navets comme La Couleur du crime.
Richard Price est un romancier prestigieux. Ce type là connaît
l'Amérique sur le bout des doigts et lui rend souvent hommage
dans des polars sérieux et nerveux. Son talent l'a amené
à écrire quelques pépites du genre comme le superbe
Kiss of death et le romantique Mad dog & glory. Ce gars-là
a du talent et La Couleur du crime (adapté de son roman Ville
noire, ville blanche publiée chez 10/18) ne porte pas du
tout la marque de cette virtuosité.
Qu'est ce qui ne va pas dans ce film ? L'histoire est pourtant forte.
Dans une banlieue sinistrée, une mère (Moore) se fait
voler sa voiture, avec son fils de quatre ans à l'intérieur.
Un flic religieux (Jackson) tente de l'aider au mieux tandis que la
police provoque la colère du quartier et réveille les
tensions entre les différentes communautés.
Le sujet n'est donc pas facile, mais le plus pénible reste
son utilisation dans ce mauvais polar. La faute doit venir de Joe
Roth, réalisateur et producteur. Il remplace pour l'occasion
le prolifique Michael Winterbottom. Dans les années 80, Roth
a produit des teen-movies sans envergure et a eu du nez le jour où
il a produit Young guns, version d'jeun's de Billy the Kid. Depuis
Joe Roth est devenu un homme respectable à Hollywood. Son envie
de réaliser est revenue et c'est franchement bien dommage.
Avec une finesse digne d'un pachyderme alcoolique, Joe Roth baigne
son sujet dans une ambiance hystérique de l'Amérique.
Ca hurle dans tous les sens. Les dialogues sont d'une ineptie finalement
hilarante ("Plus on essaie de comprendre la vie, plus les choses
se compliquent"). Les acteurs ont chacun droit à leur
monologue grandiloquent. Tout est poussif et sans arrêt, les
auteurs rendent hommage à la foi qui habite chaque homme meurtri.
Ce qui habite le spectateur meurtri, c'est l'ennui et le malaise face
à tous ces talents gâchés. Le kidnapping d'enfants
et les tensions raciales méritaient un meilleur traitement.
Parfois certains inédits ne devraient pas passer l'Atlantique,
pour que certaines filmographies ne soient pas entachées.