Un film danois de Lars Von Trier
Avec Björk
Catherine Deneuve
et Jean-Marc Barr
Paramount - 2000 - 2h15
À
la sortie de Dancer in the Dark en salle, Björk avouait
avoir tellement souffert pendant le tournage qu'elle avait décidé
de ne plus jamais faire de cinéma. Il faut avouer que
Lars von Trier, le réalisateur danois de Breaking the
Waves, a su tirer le meilleur de son actrice principale. Au
point que l'on arrive à se demander si elle joue la comédie
ou si elle ne s'est pas totalement incarnée dans son
personnage. Au point que le jury du Festival de Cannes 2000
lui décernera la Prix d'Interprétation Féminine.
La sortie de Dancer in the Dark en DVD, fait l'objet d'une attention
spéciale de l'éditeur qui, au-delà d'un
packaging luxueux, nous offre un grand nombre de bonus (notamment
un making of inédit de 60 minutes signé de Lars
von Trier lui-même). Toutefois, si tous ces suppléments
raviront les admirateurs du film, ils ne changeront rien au
pathos et à la tragédie de Selma (interprétée
par Björk).
Selma est une émigrée tchèque vivant aux
Etats-Unis dans les années 60. Selma travaille à
l'usine et habite dans une caravane, près de la rivière
et non loin de la maison de ses voisins, bons américains.
Mais surtout, Selma a une terrible maladie et un terrible secret.
Sa maladie lui fait perdre peu à peu la vue. Son secret,
c'est que son fils, Gene, est atteint de la même maladie
et deviendra aveugle lui aussi s'il ne subit pas une opération
avant l'âge de 12 ans. Alors, pour payer l'opération,
chaque semaine Selma met l'argent qu'elle gagne dans une petite
boîte en fer cachée dans sa caravane.
Et pourtant Selma est heureuse et passionnée. Sa passion
: la danse et les chansons des comédies musicales ; elle
fait d'ailleurs partie de la troupe de la ville. Et longtemps,
le film de Lars von Trier est entraînant, voire réjouissant.
Il y a un vrai bonheur communicatif à voir Selma, insouciante,
percevoir la musique dans tous les bruits qui l'entourent, tant
à l'usine que le long de la voie ferrée lorsqu'elle
rentre chez elle. On entre dans son univers et on finit par
penser que devenir aveugle n'est pas si terrible que ça
si l'on dispose, comme elle, d'une telle réserve d'énergie
et de joie de vivre Et brusquement, alors quon sy
attend le moins, Dancer in the Dark bascule dans la tragédie
: un voisin et "ami" vole à selma toutes ses
économies, et toute la vie "aveuglément"
paisible de Selma bascule. Pour sauver son fils, Selma doit
récupérer son argent et le drame irréparable
survient
Lors de sa projection en salle, le silence est devenu pesant
et plusieurs personnes ont quitté le cinéma à
ce moment-là. Dans votre salon, si la tension est trop
forte, n'hésitez pas à appuyer sur la touche pause
de votre lecteur.
On est loin désormais de la comédie musicale.
Car ce que veut montrer Lars von Trier ne se résume pas
à l'amour chanté d'une mère pour son fils.
Bien plus fondamentalement, ce film nous ouvre les yeux et nous
fait réagir sur la réalité de la machine
judiciaire en général (et américaine dans
le cas présent). De coupable idéale en incompréhension
totale, de procédure froide en engrenage juridique, la
question de la peine de mort est soulevée et le débat
est ouvert. Comment décider du droit de vie ou de mort
d'une personne présumée innocente selon la loi
? Dispose-t-on toujours de tous les éléments nécessaires
pour comprendre l'acte jugé ?
Le film se termine. Comme lors de sa projection en salle,
les spectateurs quittent leur fauteuil dans un silence à
peine troublé par quelques derniers reniflements. Impossible
de se séparer sans en avoir parlé autour d'un
café : après avoir avalé toute cette réalité,
il faut réussir à la digérer.
Mais aujourd'hui il ne suffit plus de débattre mais de
prendre position contre la peine de mort. Si vous hésitez,
regardez Björk, jugez et vous comprendrez.