Un film français d’Arnaud Desplechin
Avec Mathieu Amalric
Jeanne Balibar
et Emmanuelle Devos
Why Not Productions - 1996
ESTHER KAHN
Un film français d’Arnaud Desplechin
Avec Summer Phoenix
Ian Holm
et Fabrice Desplechin
Why Not Productions - 2000
Pour
parodier, le cinéma d’Arnaud Desplechin se résumerait
à des types anxieux dans des appartements parisiens dépouillés.
Ca serait dommage de se limiter à cette fausse idée.
Un DVD réunit deux de ses films. Deux œuvres atypiques
et complexes.
Arnaud Desplechin a tout pour agacer le spectateur. Ce type-là
fait des films longs comme ceux de Jean Eustache. Il est verbeux comme
un traité de philosophie. Ses films sont littéraires.
Y plane constamment l’ombre de François Truffaut. Desplechin
apparaît comme un cliché cinématographique, celui
d’un cinéaste parigo-parisien.
Ce cinéaste doit rêver secrètement d’avoir
de bonne critiques dans Les Cahiers du Cinéma, les Inrocks
et Technik’art.
Mais tout ceci n’est qu’un procès d’intention.
C’est vrai qu’il aime la caste intellectuelle de la capitale.
Cependant, il aime appuyer sur la fragilité de ses héros.
C’est ce que montre Comment je me suis disputé (Ma vie
sexuelle).
Cela se situe dans le monde des maîtres de conférence.
Ils discutent sur leurs thèses et philosophent sur leur destin.
Paul, maître-assistant, rêve de gagner le cœur de
Sylvia, la copine de son meilleur ami, Nathan. Mais il a déjà
fort à faire avec sa propre amie, la capricieuse Esther, et
craque pour Jeanne, une jeune femme irrésistible et castratrice…
Dans ses sagas de poche, Arnaud Desplechin ne veut pas être
prétentieux : il se donne les moyens d’une réflexion
gaillarde presque violente. Son petit héros (le génial
Mathieu Amalric) se répand sur ses atermoiements et ceux de
son entourage. Surtout il nous renvoie une image picaresque et désinvolte
de nos propres angoisses.
Le cinéma de Desplechin est d’une incroyable crudité.
La sincérité transpire à chaque image, à
chaque aventure de Paul. Après La Sentinelle, film d’espionnage
existentiel, Comment je me suis disputé (Ma vie sexuelle) se
révèle être une brillante étude de moeurs,
d’une profondeur éblouissante. Plus de dix ans après
sa réalisation, cette œuvre accompagne le spectateur et
livre, au fil des visions, ses secrets et ses vérités.
Un film à voir à tout âge et qui vous accompagne
longtemps.
Après avoir livré son film somme dès son second
long métrage, l’astucieux cinéaste se lance dans
la reconstitution historique avec Esther Kahn. Il traverse la Manche
et s’intéresse au sort d’une jeune juive qui va
se découvrir une passion pour le théâtre.
Tiré de l’œuvre d’Arthur Symons, Esther Kahn
résume parfaitement ce qu’est l’art pour Arnaud
Desplechin. Il observe comment la vie privée nourrit la création.
Cette démarche lui coûtera quelques pages dans la presse
people, à cause de son film suivant, Rois et reine, inspiré
de la vie d’une ancienne compagne.
Esther Kahn est un peu austère, mais la maîtrise formelle
impressionne. Le métier d’acteur est encensé par
une mise en scène stylisée tout en multipliant les clins
d’œil aux charmes de l’Angleterre. Exercice de style
et déclaration d’amour, Esther Kahn propose une pause
passionnante dans l’œuvre prolixe du cinéaste.
On regrette alors la pauvreté des bonus, pas du tout à
la hauteur du cinéaste et de la densité de son œuvre.
Ce n’est pas bien grave : ce DVD donne une idée de l’importance
et de la particularité du cinéaste.