Un film américain de John Boorman
Avec Powers Boothe
Charley Boorman
Meg Foster
Rui Polonah
Studio Canal - 1985 - 1h49
Le
support DVD rend justice au travail visuel de nombreux cinéastes.
John Boorman est de ceux-là. Le réalisateur, passionné
par la nature et ses contradictions, a toujours su composer des films
fascinants et immersifs. La forêt d'émeraude, réussite
mineure, rappelle les vertus du film d'aventures exotiques.
Tommy, fils d'un ingénieur employé à construire
un barrage dans la jungle amazonienne, est kidnappé par une
tribu, les Invisibles. Son père part à sa recherche,
mais l'enfant a disparu. Les années passent et l'ingénieur
fait tout pour retrouver le fiston. Ce dernier est devenu un vrai
Indien et voit d'un mauvais œil le chantier du barrage.
De la part du réalisateur du traumatisant Délivrance,
La forêt d'émeraude apparaît comme une aimable
parabole écologique. Il faut dire que le fils du réalisateur,
Charley Boorman, avec sa tête de poupon blondinet, n'est pas
convaincant dans le rôle du blanc adopté par une tribu
primitive, fuyant la civilisation.
Heureusement, en face de lui, dans le rôle de l'ingénieur,
il y a Powers Boothe, acteur sous employé par Hollywood. La
mâchoire serrée, le regard profond, cet acteur américain,
souvent limité à des rôles de méchants,
est captivant lorsque ses convictions sont ébranlées.
Juste pour lui, le film mérite d'être vu.
Cependant le plus intéressant est ailleurs. En 1985, John Boorman
est le réalisateur d'Excalibur, fresque dantesque qui a secoué
plus d'un spectateur. La forêt d'émeraude déçoit
donc par l'humilité de son propos et la naïveté
de son message. Pourtant, le film est tout aussi envoûtant que
son film précédent.
Comme dans Délivrance, Boorman oppose l'homme et la nature.
Il sait mettre en scène cet affrontement au travers de son
décor. Sublimée par l'excellente photographie de Philippe
Rousselot, la jungle a plusieurs aspects. Menaçante puis apaisante,
la forêt est un décor ambigu et mis en valeur par le
cinéaste.
A l'opposé, le chantier, d'abord spectaculaire provoque des
dégâts de plus en plus dramatiques. L'homme corrompt
malgré lui. Boorman, avec ses allures d'écolo ravi,
continue de désespérer. Son film reste néanmoins
un spectacle plus que dépaysant.
D'ailleurs les bonus sont décevants. Un documentaire sur le
tournage aurait dû être le minimum pour comprendre ce
captivant projet. Une bande-annonce en guise de supplément,
c'est trop peu ! Restent les images de la nature qui profitent parfaitement
du transfert DVD ! Vos mirettes devraient apprécier !