Une série américaine de Fred Schepisi
Avec Ed Harris
Philip Seymour
Helen Hunt
et Paul Newman
Warner Home Video - 2006
Chaque
petite ville possède une grande histoire. Telle est la devise
de ce film dont l’honnêteté et l’intégrité
finissent par nous rassasier.
Empire Falls est le nom de la petite ville du Maine où Miles
Roby habite. Il gère le restaurant du coin pour le compte de
Mrs Whithing, qui détient le pouvoir financier local. Il est
entouré par son père, un ivrogne truculent, son frère
qui est aux fourneaux, sa fille lycéenne. Mais Miles a beau
être entouré, on devine rapidement qu’il se comporte
comme un être hanté par le passé.
En effet, la mère de Miles et le mari de Mrs Whithing ont vécu
une intense histoire d’amour qui n’a pas pu éclore
dans l’ambiance puritaine des années 1950 et qui s’est
soldée par le suicide de Mr Whithing. Miles Roby vit avec des
fantômes et ne peut vraiment ni avancer ni progresser.
Voilà l’un des thèmes principaux d’Empire
Falls, livre du romancier Richard Russo, ayant obtenu le prix Pulitzer
et que Russo a lui-même adapté pour la chaîne payante
HBO, que tous les amateurs de fictions intelligentes connaissent.
C’est Paul Newman qui a aimé le roman et a proposé
qu’on en fasse une mini-série de 3 heures et presque
vingt minutes. Fred Schepisi, habile metteur en image l’a réalisé
et le Casting est incroyable, jugez un peu : Helen Hunt, Philip Seymour
Hoffman, Ed Harris, Aidan Quinn, Joanne Woodward et j’en passe.
Cette mini-série, qui a l’avantage de la longueur, nous
donne un plaisir équivalent à celui de se plonger dans
un bon gros bouquin américain, un de ceux qui vous prend par
le col et vous raconte des histoires de famille, dans lesquelles la
comédie a des accointances avec la tragédie.
Comme dans ce genre de bouquins, il faut attendre un peu pour être
réellement touché ou ému par ce qui est au premier
abord juste pittoresque. C’est surtout la seconde partie, le
second DVD où tout ce qui a été en germe se développe.
Nous comprenons alors comment les lourds secrets de famille peuvent
être des nœuds coulants autour de la gorge d’êtres
sensibles.
Fred Schepisi fignole une œuvre qui bénéficie d’un
savoir-faire indéniable sans recourir aux coups d’éclat
ou aux provocations qui font d’habitude partie du cahier des
charges d’HBO. Nous ne sommes ni dans Angels in America ni chez
les Soprano. Ici la mélodie est plus ténue.
Mention spéciale à Ed Harris, acteur d’une rare
subtilité et qu’on serait capable de regarder pendant
des heures. Il habite l’œuvre et lui ajoute mélancolie
et profondeur. Quant à Paul Newman et sa femme Joanne Woodward,
du haut de leurs 160 ans de vie active, ils ont toujours bon goût,
bon pied et bon œil. Newman se paye même le luxe de se
vieillir et de jouer les gâteux. Quel culot !